"De mal en pis" | interview croisée sur l'accord d'été

"De mal en pis" | interview croisée sur l'accord d'été

Après avoir reçu un très mauvais bulletin en juin, le gouvernement a remis le couvert pendant les vacances et conclu un Accord d’été. Le président de la FGTB Rudy De Leeuw et le Secrétaire Général Robert Vertenueil sont unanimes: « L’Accord de cet été n’a fait qu’empirer encore le bilan de ce gouvernement ! ».  

Robert : « Quand un élève reçoit un mauvais bulletin, il essaye de mettre ses vacances à profit pour recommencer son année convenablement en septembre. On constate que sur la forme rien n’a changé. Et sur le fond, désolé, mais on est dans la poursuite du démantèlement des services publics, du définancement de la sécu, et de la transformation du marché du travail en une jungle. C’est cela, la politique du gouvernement. On demande de plus en plus au citoyen, et on allège tant et plus les exigences vis-à-vis des nantis. Décider de taxer à 0,15% les portefeuilles- titres à partir de 500.000 euros, si ce n’est pas se foutre du monde cela y ressemble très fort. »

Rudy : « Tout à fait. Les décisions prises vont encore accroître la pauvreté et les inégalités. Les entrepreneurs se réjouissent de la diminution de l’impôt des sociétés, mais rien ne vient compenser cette perte de revenus pour l’Etat. La taxe sur les comptes-titres ? Une farce ! Un pourcentage insignifiant de 0,15 % sur 500.000 euros qui, dans de nombreux cas, ne sera même jamais appliqué. Il suffit en effet que ces 500.000 euros soient hébergés dans des sociétés pour y échapper. Il n’y aura pas non plus de cadastre des fortunes pour d’identifier ceux qui doivent payer cette taxe insignifiante. Ce ne sont que des approximations. Et pourtant, le rendement de cette taxe est déjà inscrit au budget. »

Mais le but de cet Accord d’été n’était-il justement pas d’obtenir des comptes justes ?

Rudy : « En effet, mais le budgets ne tiennent pas la route. Ils accordent des réductions à des sociétés ; les factures restent ouvertes et le trou dans le budget reste béant. Nous savons déjà qui va payer l’addition : les gens ordinaires. Car on coupera encore plus dans la sécurité sociale et les services publics, sur le dos des gens. Il suffit de voir ce qu’il se passe déjà aujourd’hui avec les pensions. Le gouvernement n’oblige pas seulement à travailler plus pour un salaire moindre, mais aussi à travailler plus longtemps pour moins de pension. Les pensions sont déjà très basses et chuteront encore à l’avenir à la suite des interventions de Michel. Je me demande comment les gens vont s’en sortir. Nous recevons déjà aujourd’hui des e-mails de personnes qui doivent s’en sortir avec une petite pension de 900 euros par mois ».

Robert : « C’est l’inégalité qu’ils ont créée : d’abord donner à ceux qui n’en ont pas besoin, pour prendre ensuite à ceux qui s’en sortent à peine. Je me demande comment le gouvernement a pu passer de 8 ou 9 milliards d’effort budgétaire à 3 à 4 milliards. Ou sont passés les 5 milliards de différence ?

Insinuez-vous que les ministres ne savent pas compter ?

Robert : « Ils reportent les difficultés sur les gouvernements suivants. Si on cumule les efforts ignorés, et les conséquences des décisions prises, les gouvernements suivants vont se retrouver devant une immense épure budgétaire ».

Rudy : « Reporter la facture est un choix délibéré pour être ainsi véritablement obligés de réaliser des économies. Le vice premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) l’a déclaré après l’Accord d’été : « Nous nous mettons nous-mêmes le dos au mur et nous nous  retrouvons obligés de continuer à réaliser des économies dans les dépenses publiques ». Kris Peeters a également déclaré qu’il y avait encore beaucoup à privatiser. Et Johan Van Overtveldt vise en premier lieu la SNCB ».  

Robert : « Privatiser les services publics, c’est un projet libéral pur et dur. On nationalise les déficits (comme avec Belfius quand cela va mal), on privatise les profits. Quand on analyse les décisions prises par eux, c’est au seul profit de la finance. Les libéraux ne sont rien d’autre que les valets du capitalisme. »

Le gouvernement crée quand même de l’emploi non ?

Rudy : « Le gouvernement crée de l’emploi pour les personnes qui ont déjà un emploi ! Oui, il y a plus d’emplois, mais le pourcentage de personnes au travail n’est pas plus élevé, parce que le nombre de personnes est plus élevé et parce que la plupart des emplois sont des emplois à temps partiel et des flexi-jobs. Ces derniers ne contribuent pas à la sécurité sociale ou aux pensions. Les travailleurs ne construisent rien. Le gouvernement permet maintenant aussi le travail intérimaire dans le secteur public. Où sont ces ministres qui se disaient indignés après le reportage télévisé sur les situations intolérables liées au travail intérimaire dans les entreprises d’expédition de colis à l’aéroport? ».

Robert : « Les plus faibles sur le marché du travail – les jeunes, les seniors, les personnes peu qualifiées – se retrouvent souvent coincés dans des statuts dont ils n’ont que peu de chances de sortir. Il est clair que les inégalités vont continuer à croître dans ce pays et que de plus en plus de personnes se retrouveront dans une situation précaire ».

Rudy: « C’est exact. Nous allons vers une insécurité pour les masses populaires et la protection pour ceux qui peuvent se le permettre. Soit : chacun pour soi et un flexi-job pour tous. »

Que doit-il se passer maintenant ?

Rudy : « En tant que syndicat, nous devons informer les gens autant que possible de la mauvaise gestion. Chacun doit connaître les conséquences de la politique de démantèlement. Nous sommes fermement résolus à relever ce défi. Si chacun réalise ce qu’il est en train de se passer et comprend que des alternatives existent, nous pouvons sensibiliser et mener des actions pour une politique juste ».

Robert : « On va avoir une réaction. Ce serait coupable, de la part des organisations syndicales, de ne pas réagir. Si nous ne le faisons pas, qui le fera? Les inégalités ne font que grandir chaque jour. On met les gens dans de grandes difficultés, on prépare une société de demain qui sera précarisée sur les conditions de vie et les moyens d’existence. »