1er mai 2010: Discours de Anne Demelenne, Secrétaire Générale

1er mai 2010: Discours de Anne Demelenne, Secrétaire Générale

 

Chers amis,
Camarades,

Nous sommes habitués aux coups durs dans notre vie syndicale.
Mais ce qui frappe aujourd’hui les travailleurs de plein fouet est particulièrement sombre en termes d’emploi et de pouvoir d’achat.
Et cela entame notre confiance.

 

Camarades, chers amis,

Depuis des années, nous tirons la sonnette d’alarme sociale. Nous dénonçons le système capitaliste.
Parce qu’il n’est pas créateur de richesse. Parce qu’il est basé sur la spéculation.
La spéculation est nocive pour l’économie car elle n’investit pas dans la production et l’économie réelle mais dans des produits financiers toxiques qui nous ont conduits dans la crise profonde que nous connaissons et dont vous êtes les premières victimes.

Le système capitaliste, et son levier politique, le libéralisme, ce n’est pas la prospérité pour tous et la liberté !
C’est, nous le vivons au quotidien, un système qui génère des inégalités profondes. Une doctrine qui ne répartit pas correctement les richesses que vous produisez en tant que travailleurs.

En 10 ans, les inégalités entre revenus ont augmenté de 16%.
Plus grave : ces inégalités sont plus importantes en 2007 qu'en 1997 et l'impôt les corrige de moins en moins !
Il est tout de même incroyable que l’impôt (qui doit redistribuer les richesses) renforce les inégalités. C’est pourquoi nous revendiquons une réelle progressivité de l’impôt.

 

Camarades,

Les crises, nous le savons, sont propices à l’augmentation des inégalités et à organiser la régression sociale : moins d’argent dans les caisses de l’Etat, moins de marges pour nos services publics et notre protection sociale.
Regardons ce qui se passe en Grèce. Les marchés financiers et les spéculateurs provoquent l’austérité. Au Portugal, on conditionne la confiance des marchés financiers à la baisse des allocations sociales !

Mais quand nos femmes et hommes politiques comprendront-ils qu’à force de vouloir la confiance des marchés financiers, ils perdent la confiance des travailleurs ?
Quand comprendront-ils que ceux qui ont provoqué la crise, eux, renouent avec les bénéfices (ING - 1 milliards € ; BNP Paribas Fortis - 6 milliards).

Pendant ce temps, certains employeurs réclament la modération salariale, veulent limiter les allocations de chômage dans le temps alors qu’elles sont déjà particulièrement basses. Comme si les travailleurs licenciés, les demandeurs d’emploi, se complaisaient dans le chômage !?
La FGTB fait toujours la chasse au chômage, pas aux chômeurs !

 

Chers amis,

Si on veut limiter les dépenses, il faut désormais conditionner toute aide publique à la création d’emplois !

Certains exemples en disent long….

  • Cartomills Mettet, PME, est bénéficiaire et reçoit nombre d’aides publiques (baisses de cotisations sociales, chômage économique,…). Elle ferme préventivement son entreprise en évoquant la crise, 70 travailleurs sont concernés.
  • INBEV fait 2,4 MIA de bénéfices et a reçu 70 MIO d’intérêts notionnels mais ne paye que 400 MIO d’impôts et souhaite, en sus, se séparer de 300 de ses travailleurs…
  • Fortum, producteur d’électricité finlandais, vient en Belgique pour bénéficier d’intérêts notionnels (350 MIO €) et crée un emploi à 4/5ème temps !

Pour la FGTB, le message est clair, ces entreprises, assistées par l’Etat, doivent rembourser toutes les aides publiques qui leur ont été payées par la collectivité !

 

Camarades,

L’administration fiscale a mis à jour des montages financiers destinés à éluder l’impôt sans création d’emploi…pas étonnant que le système belge attire davantage de fraudeurs étrangers que d’investisseurs.
La FGTB réclame la suppression pure et simple des intérêts notionnels et leur remplacement par des mécanismes qui aident réellement les entreprises qui en ont besoin, qui maintiennent et créent de l’emploi.
Parce que ce qui rendra confiance aux travailleurs, c’est l’emploi. Pas n’importe quel emploi. Des emplois durables et de qualité.

L’OCDE, elle, annonce une « croissance sans emploi »…cela nous fait une belle jambe. Nous n’avons rien à faire d’une « croissance » sans emploi. Rien à faire d’une croissance qui ne profite qu’à des privilégiés, actionnaires et banquiers.
Parce que de l’argent, il y en a. Le problème est celui de la répartition, équitable, des richesses produites.

 

Mes amis,

Je pense aussi à nos jeunes. Ils sont 100.000 à arriver sur le marché du travail cette année. Que va-t-on leur dire ?

  • Pas de futur pour vous, on vous écrira !
  • Votre génération est sacrifiée mais ça ira mieux pour la suivante !
  • Restez chez vos parents, avec 370€/mois…
  • On n’a rien à vous proposer mais soyez « disponibles » parce que l’ONEM va vous contrôler.

La FGTB refuse la résignation. On refuse de sacrifier une génération !
C’est pourquoi la FGTB invite à lever le nez du guidon.
Au-delà des réponses de court terme, il est indispensable de préparer demain et après-demain, de penser aux générations futures.

C’est pourquoi la FGTB réclame un Plan de relance digne de ce nom.
Un Plan qui consolide les emplois actuels en les accompagnant dans leur évolution. Un Plan qui crée des emplois dans des filières d’avenir et qui prend en compte le défi climatique que nous nous devons de relever. Une opportunité à saisir pour passer d’une économie polluante et énergivore à une économie propre, économe en énergie et pauvre en carbone. Il y a des projets d’emplois à développer dans l’isolation, la mobilité. Il y a des emplois à créer et il faut en sauvegarder en préparant nos secteurs traditionnels à s’adapter.

 

Camarades,

Nous l’avons dit à l’Europe, elle doit dégager des moyens en taxant les transactions financières au niveau européen. Car 2% du PIB européen représentent 270 MIA € ! Et ce n’est pas un doux rêve, ce sera en discussion lors du prochain G20 et lors du sommet européen. Si ce n’est pas suffisant, il faudra penser à redistribuer le travail et mettre le holà sur les heures supplémentaires.

Il ne peut y avoir de prospérité économique dans un désert social, ni dans un désert tout court !
De l’argent, il va en falloir aussi pour les pensions.
Il y a deux millions de pensionnés aujourd’hui mais ils seront plus nombreux demain.

Le travail syndical a contribué à améliorer les conditions de travail, les soins de santé. La durée de vie a augmenté, c’est un acquis social dont nous pouvons être fiers (80 ans contre 65 ans dans l’après-guerre).
Mais les pensions sont trop basses et ¼ des personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

La FGTB refuse 

  • que l’on touche à l’âge de la retraite. Allez dire aux travailleurs qui ont un métier lourd que 60 ans est trop rôt pour décrocher… !
  • que l’on remette en question les périodes assimilées à de l’emploi. On ne peut pas dire aux travailleurs qui se battent pour leur emploi chez Carrefour, UCB, INBEV, Cartomills, que s’ils vont au chômage, ces années-là ne compteront pas pour leur pension !
  • que l’on touche au calcul de la carrière. Peut-on dire aux jeunes qui n’entrent dans la vie active qu’à 25 ans qu’ils devront attendre 75 ans pour avoir une carrière complète (50/50ème) ?!

Et la solution n’est pas à trouver du côté des pensions complémentaires. Non !
Allez dire à ceux qui ont le salaire minimum, qui travaillent à temps partiel ou aux intérimaires qu’ils doivent épargner pour une pension complémentaire….Non.
La FGTB veut augmenter les pensions actuelles et renforcer la pension légale, seul véritable revenu de remplacement sûr et solidaire.

Où aller chercher l’argent me direz-vous ?

 

Chers amis,

Utilisons mieux l’argent public.
Percevons correctement l’impôt et éradiquons la fraude fiscale et l’économie souterraine (30 milliards/an).

Mais que fait Monsieur Reynders depuis 10 ans aux Finances pour permettre au fisc de travailler correctement ?
Rien.
Qu’attend-t-il pour lever le secret bancaire ?

Rééquilibrons la fiscalité, les revenus du travail payent trop par rapport aux autres revenus mobiliers, immobiliers, financiers.

L’urgence, elle est sociale.
Elle n’est pas communautaire.

Mesdames, messieurs les politiques, trouvez une solution, négociez !
Les travailleurs attendent de vous des solutions, pas d’autres problèmes : notre coupe est pleine !
Si vous voulez notre confiance, aidez-nous à résoudre nos problèmes.

 

Camarades,

Nos défis sont énormes et les combats qui nous attendent difficiles.
Mais nous avons une force que d’autres n’ont, manifestement, pas : la solidarité !
Unissons nos forces, parlons d’une seule voix, car, ensemble, on est plus forts !
Vive le 1er mai, vive la fête du travail.