Baromètre FGTB : quelle qualité de vie pour les travailleurs ?

Baromètre FGTB : quelle qualité de vie pour les travailleurs ?

Baromètre FGTB : quelle qualité de vie pour les travailleurs ?

Le bien vivre ne se mesure pas uniquement à l’aune du PIB, du taux d’emploi, du revenu médian ou du revenu moyen. L’emploi est une condition nécessaire d’intégration sociale mais il n’est plus une garantie suffisante. A côté du travailleur moyen qui gagne bien sa vie, il y a les ‘travailleurs pauvres’, les migrants, les détachés, les travailleurs intermittents, intérimaires ou à temps partiels, les précaires.

Pour la FGTB, le bien-être ou le bonheur sont des concepts qui font appel au collectif, à l’organisation sociale, dont fait partie le travail, mais pas que. Si le travail (salaire, organisation, santé-sécurité), l’emploi et la qualité de l’emploi restent une condition indispensable du bien-être – et donc une priorité – nous estimons que pour appréhender le bien-être, il faut aussi réunir d’autres conditions : pouvoir concilier travail et vie privée, bénéficier de la sécurité de bonnes assurances sociales ; disposer de services et d’équipements collectifs performants et accessibles. Mais aussi d’un environnement sain, d’une mobilité facile, d’un accès à la culture et à la formation. Il faut enfin réunir les conditions d’une vie sociale apaisée grâce à l’ouverture aux « autres » et à la tolérance.

Les très pauvres sont dans l’ombre

La richesse est inégalement répartie. Si le patrimoine moyen s’élève à 338.600 euros par ménage, c’est surtout parce que les très riches tirent la moyenne vers le haut et laissent les très pauvres dans l’ombre.

Selon la Banque nationale, sur l’ensemble des ménages belges, les 20% les plus nantis possèdent 61,2% du patrimoine total et perçoivent 52% de l’ensemble des revenus du pays.

À l’autre bout de la répartition, les 20 % les plus pauvres ne détiennent que 0,2% du patrimoine total des ménages belges et totalisent 3,5% du revenu global des ménages belges.

15% de Belges pauvres

En Belgique, 15,5% de la population flirte avec le seuil «de pauvreté monétaire » et ce chiffre est en hausse depuis 2010.

Certains publics sont plus exposés au risque de pauvreté

  • Les personnes avec un faible niveau de formation : 26%
  • Les familles monoparentales avec faible intensité de travail : 48%
  • Les chômeurs : 43%

Marqueurs de pauvreté

Les marqueurs de la pauvreté ne manquent pas, nous en avons pointés trois dans cette présentation (d’autres supplémentaires se trouvent dans le baromètre) :

  • Le surendettement croissant : Le nombre de personnes en règlement collectif de dettes a constamment augmenté en passant de 56.952 en 2007 à 97.636 en 2015.
  • Le report des soins de santé : En 10 ans (2004-2013), les taux de reports de soins de santé pour raisons financières ont augmenté pour les catégories de la population à bas revenus. Le pourcentage de chômeurs qui reportent des soins de santé pour des raisons financières a quasiment doublé en 10 ans.
  • Les personnes émargeant au CPAS : c’est l’explosion.

Un travail, un salaire = tiré d’affaire ?

La faiblesse des revenus de remplacement est en partie due à la faiblesse des salaires. Les salaires ne sont pas « trop élevés » : le salaire moyen est de 2.976 euros bruts/mois, c’est-à-dire entre 1850 et 1925 € nets selon la composition de ménage.



La question des inégalités se pose aussi dans ce domaine :

  • entre salariés : 50% des travailleurs (temps pleins et temps partiels) gagnent moins que le salaire moyen.
  • entre hommes et femmes : l’écart salarial est encore de 20% compte tenu des temps partiels.
  • entre employés et employeurs (tension salariale).

L’évolution 2011 -2013 de la rémunération des chefs d’entreprise contraste avec celle des salaires :

Mais surtout entre capital et travail : alors que la productivité augmente plus vite que les salaires, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises diminue.

Et au final, même si en argent les salaires semblent augmenter, le pouvoir d’achat des salariés diminue. Le pouvoir de vivre décemment est donc encore loin d’être généralisé.

La fiscalité pèse trop sur le travail

La fiscalité, hélas ne contribue pas beaucoup au redressement des inégalités. Aujourd’hui, le travail fournit l’essentiel des recettes de l’Etat : via l’impôt direct sur le revenu (l’impôt des personnes physiques), les cotisations sociales, mais aussi les impôts indirects (ce sont principalement les consommateurs finaux qui paient la TVA et les accises).

Finalement, ce que l’on pourrait appeler « impôt sur le capital » à savoir le précompte mobilier sur les intérêts et dividendes et l’impôt des sociétés ne représentent respectivement que 1,88% et 6,29% de l’ensemble des recettes fiscales.

 

Pour résoudre les difficultés du « vivre décemment », il faut résoudre les problèmes de la répartition des richesses, de la répartition de l’impôt et de l’affectation des moyens.

Il faut revoir la fiscalité et la parafiscalité qui pèsent trop sur le travail et pas assez sur le capital et le patrimoine.

Chômage et sous-emploi

Une condition essentielle du bien-être, c’est d’avoir un emploi. Tout le monde n’a pas cette chance. On compte 570.000 chômeurs. A ceux-ci, il faut ajouter les exclus du chômage, les temps partiels involontaires et les intérimaires sans mission.

Au sein de la population active, tout le monde n’est pas égal face à l’emploi. Certains groupes ont plus de difficulté à intégrer le marché du travail ou sont moins bien traités. Les groupes qui méritent une attention particulière sont les femmes, les jeunes, les travailleurs âgés de plus de 55 ans, les moins qualifiés et les migrants.

Un travail « faisable » tout le long de la carrière

Avoir un emploi, même bien payé, ne suffit pourtant pas à bien vivre. Pour tenir 45 ans, il faut que l’emploi soit « de qualité ». De bonnes conditions de travail sont une conditions essentielles qui participent au bien-être. La pénibilité, la flexibilité imposée, le stress, des conditions de sécurité insuffisantes peuvent gâcher la vie… ou la raccourcir.

Les plaintes ne manquent pas :



Le nombre d’invalides reconnus est passé de 257.935 en 2010 à 346.971 en 2015, soit une augmentation de 34%.
La pénibilité est souvent liée au niveau de qualification et d’éducation. Entre les mieux formés et les moins qualifiés, la différence d’espérance de vie est de 9 ans !

Ce chiffre remet sérieusement en question la politique de report de l’âge de la retraite anticipée ou non, ainsi que la politique de liquidation des prépensions.

La conciliation travail-vie privée et la mobilité

Le succès des formules d’aménagement du temps de travail via le crédit-temps est un autre indicateur du besoin de se ménager du temps à consacrer à sa vie privée souvent pour rencontrer des problèmes familiaux.

S’il y a bien quelque chose qui vole du temps à la vie privée, c’est le trajet domicile-travail. Et vu que l’essentiel des déplacements domicile-travail se font en voiture et que nos routes sont parmi les plus encombrées du monde, les navetteurs perdent un temps fou pour aller au travail et en revenir. C’est du temps qui ne peut pas être consacrées à des activités de qualité, ce qui provoque une baisse de la qualité de vie.

Un autre regard sur le travail

A côté de ceux qui sont sans emploi ou en sous-emploi, en emploi précaire, il y a ceux qui travaillent trop et souhaiteraient disposer de plus de temps pour concilier travail et vie privée. Une solution à tous ces problèmes est la réduction collective du temps de travail de façon à permettre à chacun d’avoir un emploi et de concilier plus harmonieusement travail et vie privée et à ménager sa santé pour tenir le rythme et les contraintes du travail jusqu’à l’âge de la retraite.

Il y a une alternative

Notre baromètre traduit les aspirations légitimes de tout un chacun à une meilleure qualité de vie pour le plus grand nombre comme pour les générations futures. Nous avons voulu ainsi remettre en avant les valeurs et l’éthique ainsi que la politique, qui les traduit en programmes d’action, en les plaçant au-dessus des critères économiques classiques.

Notre vie est, en grande partie, déterminée par des choix politiques. Des choix qui forment notre environnement de vie et déterminent même notre liberté. L’idéologie et une approche rigide de l’économie aboutissent souvent à des choix politiques erronés. Des choix qui rendent service seulement à certains.

Ce baromètre socio-économique de la FGTB veut donc rappeler que l’économie doit être au service de l’homme et non l’inverse. Nous devons sortir des systèmes qui bénéficient seulement au « 1% ». Nous devons reprendre le contrôle. Nous devons abandonner l’idée des systèmes qui prétendent que ce qui rend un petit groupe plus riche est valable pour tour le monde. Et que c’est le seul qui existe et qu’il est éternel.

Enfin, au vu des constats de carence relevés dans ce baromètre, on ne peut éviter de tirer un bilan de l’action du gouvernement qui prétend rétablir l’emploi par la flexibilité, redresser l’économie par des incitants financiers aux entreprises, augmenter le pouvoir d’achat tout en bloquant les salaires.