En direct de Cancun

La FGTB en direct de Cancun

On ne conteste plus la nécessité de voir la société évoluer vers une société pauvre en carbone. Des mesures doivent être prises au niveau des Etats pour réduire leurs émissions, mais pas n'importe comment ! 

Pour la FGTB, elles doivent répondre à des impératifs sociaux de formation, d’investissement, de dialogue social et de protection sociale garantie. C’est ce que les syndicats appellent la transition juste.

 

La FGTB en direct de Cancún:

 

Les négociations

 

Deux aspects vont devoir être discutés en parallèle.

 

D’une part, les Etats tentent de jeter les bases du futur accord international de lutte contre les changements climatiques. Cet aspect intéresse la FGTB de près, particulièrement la rédaction du premier chapitre, intitulé "Vision commune" (Shared Vision). C'est là que doit se placer le concept de transition justeprimordial aux yeux des syndicats.

 

D’autre part, on discute de l’après-protocole de Kyoto (KP II), qui vient à terme fin 2012. En attendant un nouvel accord légalement contraignant, qui ne semble pas prévu pour tout de suite, l’idée de prolonger le protocole de Kyoto fait son chemin. Toutefois, de nombreuses questions demeurent : de combien de temps doit-il être prolongé, dans quelles conditions, et quels sont les pays qui en feront partie ?

 

2 décembre. Les négociations s’ouvrent.

 

Première mauvaise nouvelle, de taille. Alors qu’à la Conférence de Copenhague et aux réunions préparatoire de Cancún, l’ensemble des Etats membres de l’ONU avaient reconnu l’importance d’intégrer le concept de transition juste dans l’accord, celui-ci ne se trouve plus dans le texte en cours de négociation actuellement.

 

Du côté des négociations de l'après-Kyoto, là aussi une mauvaise nouvelle. Le Japon a annoncé en séance d’ouverture que si il devait y avoir un KP II, il ne le ratifierait pas… condamnant de facto le processus.

 

3 décembre. Entre prudence et espoir.

 

L’ambiance est beaucoup moins effervescente qu’à Copenhague, où 40.000 participants s’étaient réunis. A Cancún, on n’en compte que 10.000. C’est évidemment lié à la déception que Copenhague a provoqué. En outre, un fait est établi depuis longtemps: il n’y aura pas d’accord à Cancún.

 

On évoque plutôt un "Package Cancún". Une sorte de paquet de décisions fournissant un cadre clair pour la lutte climatique. Une étape vers un accord juridiquement contraignant. Ce qu’il comprendra reste un mystère. On évoque le financement, les forêts et les transferts technologiques.


Le groupe de travail chargé de rédiger le projet de texte "Vision commune" s’est réuni pour la première fois. Lors de cette réunion, les Etats-unis et l’Argentine ont insisté sur l’importance de retrouver le concept de transition juste dans ce texte. Voilà un signe encourageant !

 

Le chiffre du jour : Econopolis a élaboré le premier indicateur vert de l’économie des pays européens. La Belgique se place 13ème sur 27, et son résultat est inférieur à la moyenne. La Belgique est à la traine à cause de sa politique énergétique : manque d’efficacité énergétique et d’usage des énergies renouvelables.

 

4 et 5 décembre. Toute avancée est une victoire.
 

Ce week-end a vu la sortie de deux nouveaux textes de négociations. Ils ont été accueilli relativement positivement par l’ensemble des Etats, comme base pour les négociations à venir. De l’avis général, l’ambiance est positive, et l’on note une réelle volonté d'arriver à un "Package Cancún".


Un des nouveaux textes sortis intègre le chapitre sur la "Vision commune". A notre grande déception, il ne comporte toujours pas de référence à la transition juste. Le Secrétariat des Nations Unies semble être dans une logique purement climatique : référence aux 2°C d’augmentation des températures maximum, réduction des émissions de gaz à effet de serre, mesures d’adaptation…


Nous devrons donc redoubler d’énergie pour convaincre nos délégations officielles qu’un accord climatique doit reposer sur un volet social fort, s’il veut avoir une chance d’être accepté par la population mondiale et si l’on veut un jour assister à un réel changement de société.

 

Le chiffre du jour : 36 millions de déplacés.

C’est, en 2008, le nombre de déplacés climatiques : des personnes qui ont dû prendre la fuite suite à des catastrophes naturelles liées en partie au réchauffement climatique.

D’ici 2015, 375 millions de personnes pourraient être affectées par ces évènements. Qui osera prétendre que les changements climatiques n’engendrent pas une crise sociale ?

 

6 décembre. Notre message a été entendu !

 

La seconde semaine des négociations voit l’entrée en piste des politiques. Les techniciens ont débroussaillé le terrain. C’est maintenant à eux de trancher.


Une certaine nervosité règne dans la délégation syndicale. On sent une réelle inquiétude de ne pas voir la transition juste dans les textes.


Comme tous les matins, sous l’égide de la CSI, nous établissons une stratégie de lobby, en tachant d’identifier les gouvernements susceptibles de nous soutenir. De notre côté, nous nous adressons à la délégation belgo-européenne, encore hésitante, et lui conseillons de discuter avec les Etats-Unis et l’Argentine, qui défendent la transition juste, pour chercher à élaborer ensemble une stratégie.


Dans le courant de l’après-midi, une deuxième réunion portant sur le texte "Vision commune" a lieu. Quelle ne fut pas notre émotion quand l’Union européenne prît la parole pour que soit réintroduite dans le texte la transition juste ! Elle fut ensuite suivie par la Norvège, les Etats-Unis et la Gambie, au nom des pays africains.
 

Le chiffre du jour : The American way of life

Si les Américains troquaient leurs 40 millions de 4x4, pick-up et autres véhicules utilitaires contre des voitures dont la consommation moyenne correspond à celle des Européens, les Etats-Unis pourraient réduire leurs émissions annuelles de l’ordre de 142 millions de tonnes de CO2. Soit à peu près l’équivalent de ce que consommeraient 1,6 milliard d’humains qui auraient enfin accès à l’électricité qu’ils n’ont pas aujourd’hui.

 

7 décembre. Tenue du Séminaire syndical World of Work.

 

Ce mardi a vu la tenue d’un événement syndical : le WoW, World of Work (Monde du Travail), durant lequel pas moins de 200 délégués syndicaux du monde entier ont participé à une série de séminaires sur le thème Syndicat et Climat. L’occasion nous a permis d’exposer les bonnes pratiques et de partager les expériences des différents membres de la délégation syndicale internationale. 

 

Du côté de la FGTB, Daniel Van Daele, Secrétaire fédéral de la FGTB, a présenté, au nom des syndicats belges, l’intégration de la question climatique et environnementale dans le processus de concertation belge au niveau fédéral. Il a exposé les travaux menés au sein de divers organes de concertation belges et a présenté les résultats obtenus, tels que la création des Alliances Emploi-Environnement et du Fonds de Réduction du Coût global de l’Energie (FRCE), et l’inclusion de critères sociaux dans le choix des projets du Comité technique sur les Mécanismes de Développement Propre (CDM).

 

8 décembre. On patauge.

 

Beaucoup de messages sont envoyés pour encourager les Etats à accélérer les travaux et à avancer vers un consensus. Le compte à rebours est enclenché : dans 2 jours, le rideau sera tiré sur Cancún.


Sharan Burrow, Secrétaire générale de la CSI, a rappelé dans un communiqué l’importance d’aboutir à un accord qui comporte un volet social fort : « Les gouvernements doivent élever leurs attentes et, au moins, prendre des engagements spécifiques pour financer la lutte contre le changement climatique en faveur des plus vulnérables avant la fin de la Conférence de Cancún. Ils doivent indiquer clairement qu'un réel leadership se mettra en place en vue de la Conférence sur le climat qui se tiendra en Afrique du Sud fin 2011. La COP17 doit viser un accord mondial contraignant qui mette l'action pour le climat et les emplois verts dans la bonne voie, vers un avenir sûr et durable pour le monde entier ».
 

 

9 décembre. On retient son souffle…

 

L’effervescence est montée d’un cran. Le nombre d’officiels (ministres et autres) va croissant. L’accès à l’information devient de plus en plus difficile, ce qui, dans ce genre de processus, est plutôt bon signe. Les décisions se prennent à l’écart des regards, histoire de ne pas perdre la face.

Les deux gros points d’achoppement restent, bien entendu, la question du financement et de la mise en œuvre du Fonds vert, et l’aspect « légalement contraignant » du prochain accord. Ce dernier aspect est très hypothétique. On n’ose même presque plus le prononcer…

Il y a aussi le prolongement du Protocole de Kyoto (KP II) en attendant qu’un nouvel accord soit signé. Le Japon campe sur sa position de refuser de ratifier un éventuel KP II, si les pays émergents (Chine, Inde….) ne sont pas eux aussi contraints à réduire leurs émissions, et le Canada embraye sur cette position.

La transition juste? Tout le monde en parle, tout le monde est d’accord, mais on ne voit rien venir. On attend un nouveau texte.

La journée se conclut par un séminaire sur la collaboration entre le mouvement syndical et les ONG environnementales. Un débat a lieu entre Sharan Burrow et Kumi Naidoo, le responsable de Greenpeace International. Il apparaît évident que syndicats et ONG doivent travailler de concert pour organiser la mobilisation citoyenne et des travailleurs.


Le chiffre du jour : réduction de 34% des émissions du Brésil

La réduction de la déforestation en Amazonie a permis au Brésil de diminuer ses émissions de CO2 d’un tiers depuis 2004.

La réduction de la déforestation amazonienne, de 27000 km2 en 2004 à moins de 6500 km2 cette année est en fait la plus grande réduction d’émissions jamais réalisée.