La FGTB et la CSC exigent un contrôle des prix de l’énergie et des mesures européennes contre le dum

La FGTB et la CSC exigent un contrôle des prix de l'énergie et des mesures européennes contre le dumping salarial allemand

 

Le secrétariat du Conseil central de l’économie a publié aujourd’hui son nouveau rapport technique. Cet outil risque une nouvelle fois de servir de prétexte à certains pour lancer une offensive injustifiée contre notre système de formation des salaires et l’index. La CSC et la FGTB ne l’accepteront pas.

 

Il convient de tenir compte d’éléments importants si l’on veut mener un débat correct et honnête, qui prenne en compte tous les paramètres: 

  • plusieurs subsides pour coûts salariaux (4,4 milliards € pour subsides fiscaux, titres-services et activation allocations en 2012) n’ont pas été intégrés dans les calculs du rapport du CCE en raison du veto des employeurs. Si l’on intègre ces données, la différence de coût salarial avec les trois pays voisins diminue à 1,5%.

    En outre, les salaires ont augmenté de 6,3% en Belgique, contre 6,0% dans les trois pays voisins sur le période 2011-2012. Cette légère différence de 0,3% est intégralement attribuée à l’augmentation plus rapide des prix en Belgique ;
     
  • la productivité élevée des travailleurs belges n’est pas prise en compte. Selon Eurostat, en 2010, la productivité horaire était encore de 6.29% plus élevée que dans les trois pays voisins (et de 7.65%, selon les calculs du Conference Board) ;
     
  • l’objectif de la loi de 1996, qui est d’améliorer le taux d’emploi, est largement atteint. Le niveau salarial sur lequel on se concentre aujourd’hui n’est qu’un moyen pour atteindre cet objectif. De 1996 à 2011, le volume de l’emploi (nombre d’heures prestées) dans le secteur privé belge a augmenté de 15,6 %, contre une moyenne de 5,8 % chez nos trois voisins et contre à peine 3 % en Allemagne. En termes de croissance de l’emploi, la Belgique peut donc se targuer d’une avance de 9,3 % par rapport à ses trois voisins ;
     
  • la compétitivité, c’est bien plus que le coût salarial. C’est la raison pour laquelle le CCE consacre toujours une grande attention aux efforts consentis en matière d’innovation et de formation. Une fois de plus, il convient malheureusement de constater que, sur ce plan, la Belgique reste largement en-deçà des objectifs européens et nationaux. Nous devons faire face à un handicap de 34,7 % en matière d’innovation et de 43 % en matière de formation. Autrement dit, avec une masse salariale de 135,2 milliards en 2010, les travailleurs ont été privés de 1,1 milliard d’euros pour leur formation. 

 

Ajoutons que l’on ne s’attaque toujours pas aux prix élevés de l’énergie, qui sont la principale cause d’inflation en Belgique. Ainsi, les ménages et les entreprises payent leur énergie nettement plus cher que dans les pays voisins. Ces prix élevés de l’énergie dopent l’inflation et, donc, l’index. La FGTB et la CSC insistent une nouvelle fois pour que l’on s’attèle rapidement au contrôle des prix de l’énergie.

 

Pour les deux syndicats CSC et FGTB, il s’agit que les pouvoirs publics donnent au régulateur (la CREG) le pouvoir de renforcer le contrôle des prix de l’électricité et du gaz afin de s’attaquer au problème de l’inflation à la source. Une intervention au niveau de l’index serait particulièrement néfaste pour la confiance des consommateurs et minerait par conséquent la demande intérieure. Selon le rapport du CCE, si la Belgique a mieux résisté à la récession de 2009, c’est en partie grâce au maintien de notre demande intérieure. 

 

Le mécanisme de comparaison internationale des coûts salariaux soulève également de plus en plus de questions fondamentales. Ainsi, même si les syndicats ont toujours trouvé judicieux d’effectuer un contrôle de l’évolution salariale dans les pays voisins, le petit jeu de dumping social auquel l’Allemagne se livre depuis des années rend cet exercice de plus en plus inutile. Quel pays faut-il finalement pointer du doigt ? Le pays qui essaye de protéger le pouvoir d’achat de ses travailleurs et de les faire profiter de la croissance ? Ou le pays qui tente d’exporter ses problèmes en menant une politique de dumping social permanent, en particulier de dumping des salaires ? 

 

C’est précisément ce que fait l’Allemagne depuis des années. D’après les chiffres les plus récents d’Eurostat, le nombre de personnes qui courent un risque de pauvreté a augmenté de 2.688.000 unités en Allemagne entre 2005 et 2010. La proportion de ce groupe dans la population a augmenté de 28 %. Et une part de plus en plus importante de ce groupe est constituée de travailleurs pauvres. 

 

Pour toutes ces raisons, les deux syndicats n’acceptent pas que ce rapport technique serve de prétexte pour mettre notre système de formation salariale et notre mécanisme d’indexation en péril,  

  • ils lancent un appel pour que, dans le cadre de la coordination au sein de la zone euro, l’on mette enfin le holà au dumping salarial de l’Allemagne, sous peine d’engendrer un appauvrissement collectif ;
     
  • ils exigent que le problème des taux d’inflation plus élevés en Belgique soit enfin réglé à la source, en particulier au niveau de l’absence de contrôle des prix de l’énergie.