La FGTB ne veut pas d’une précarisation des fins de carrières

La FGTB ne veut pas d'une précarisation des fins de carrières

 

La FGTB lance sa campagne "Employeurs, prêts à engager un travailleur de plus de 50 ans ?"

 

Après avoir précarisé l’entrée dans le monde du travail (contrats précaires proposés aux jeunes), les employeurs s’attaquent désormais aux fins de carrière.

 

Sept employeurs sur dix se déclarent disposés à engager un travailleur de plus de 50 ans. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée par IDEA Consult à la demande de la FEB. Aujourd’hui, dans les faits, seuls 5,2% de tous les engagements concernent un travailleur de plus de 50 ans (source Luc Sels, K.U. Leuven).

 

Avec son menu "fin de carrières", les représentants des employeurs veulent, avant toute autre chose:

 

  • renforcer les conditions d’accès à la prépension et, à terme, les supprimer alors que la part des prépensionnés dans la tranche d’âge des 50 ans et plus ne cesse de diminuer, que 68% des prépensionnés ont plus de 60 ans, et que les prépensions coûtent en moyenne 50% moins chers (que le chômage) à la collectivité ;

 

  • activer les chômeurs âgés…alors qu’aujourd’hui, seuls 2,5% des travailleurs de 55 ans et plus retrouvent du travail. L’étude réalisée par IDEA Consult le montre clairement : si les entreprises se disent majoritairement prêtes à garder leurs cadres jusqu’à l’âge de 65 ans, seulement 30% d’entre elles sont d’accord de garder leurs ouvriers "âgés" ;

 

  • réduire la protection des travailleurs, notamment les durées de préavis…alors que les ouvriers, c’est-à-dire ceux que les employeurs disent de pas vouloir garder jusqu’à l’âge de 65 ans, ne bénéficient déjà que de durées légales de préavis particulièrement basses (56 jours après 20 ans de carrière);

 

  • supprimer les mesures de crédit-temps pour les travailleurs âgés et instaurer un "compte-épargne temps". Comme le souligne également l’étude, le maintien à l’emploi des travailleurs âgés dépend de la qualité de l’organisation et des conditions de travail. Permettre de réduire le temps de travail via le crédit-temps est essentiel, bien que la FGTB privilégie plutôt des mesures collectives de réduction du temps de travail. Comme le souligne le Conseil supérieur de l’emploi, si le taux d’emploi des travailleurs de 55+ a fait un bond de 17,3% entre 2005 et 2010, c’est notamment grâce à ces mesures de fin de carrière ;

 

  • relever immédiatement l’âge de la pension anticipée à 62 ans et l’âge de la pension à 67 ans d’ici 2030. Selon la FEB, le travailleur belge quitterait le marché du travail pour la retraite 3 ans avant ses voisins européens. Or, les données Eurostat indiquent que les travailleurs belges quittent en moyenne à l’âge de 61,6 ans, comme dans les autres pays de l’Union. En outre, comme vient de le montrer le dernier rapport du Comité d’étude sur le vieillissement, relever les conditions d’accès à la pension ne permet pas de réduire le coût du vieillissement;

 

  • limiter les périodes assimilées prises en compte pour le calcul de la carrière, ce qui est injuste pour les travailleurs confrontés à la maladie ou au chômage, contraire au principe assurantiel sur lequel repose notre système de sécurité sociale et pénalisant pour les femmes qui ont des carrières atypiques. Cela risque d’ailleurs d’être contre-productif vis-à-vis de leur participation au marché du travail et de constituer un frein à l’égalité entre hommes et femmes.

 

Pour la FGTB, ce n’est pas avec des réponses défensives que l’on posera les bases d’une économie prospère au service des travailleurs et d’un développement durable. Ainsi, rappelons que seulement 5,1% des travailleurs âgés de 55 à 64 ans ont accès à une formation, et que seul 1,96% du PIB est consacré à la R&D, ce qui reste loin de l’objectif des 3% prévus par la stratégie Europe 2020.

 

En outre, à l’heure de l’évaluation du Pacte "de solidarité entre les générations", c’est le moment de se demander ce que sont devenues les mesures positives du Pacte que les employeurs s’étaient engagés à mettre en œuvre comme la gestion proactive des âges en entreprise, l’entretien à mi-carrière, le passage à un travail plus léger, la prise en compte de la problématique des métiers lourds?

 

Enfin, on restera carrément perplexes à la lecture d’un autre des constats d’IDEA Consult selon lequel "les entreprises sont d’avis qu’il est surtout une obligation sociétale pour les 50 ans actifs de travailler plus longtemps et moins pour les entreprises d’engager des plus de 50 ans".