Alerte rouge sur la situation des sans papiers

Alerte rouge sur la situation des sans papiers

Aujourd’hui, comme beaucoup d’associations et de personnes actives dans la plateforme de soutien aux sans-papiers, la FGTB investit et continuera à investir dans la lutte des sans-papiers pour leur émancipation.

Le communiqué de la coordination des collectifs des sans-papiers est interpellant pour toutes et tous, et mérite notre attention dans la mesure où il est le cri de personnes qui aujourd’hui se trouvent sans espoir, sans statut et donc sans droits. Leur combat est le nôtre et notre combat est le leur. Elles sont là avec nous sur les piquets, dans les manifestations.

La FGTB et ses responsables ont mis en place des espaces de dialogue et de débat avec les sans-papiers pour voir avec eux et elles comment syndicalement nous pouvons mieux articuler leurs revendications et les nôtres, qui ensemble convergent vers l’égalité pour toutes et tous. Les sans-papiers doivent savoir qu’ils peuvent compter sur la FGTB. 

La coordination des sans-papiers de Belgique nous a récemment interpellés au sujet de la dégradation des conditions de vie de ces personnes. Voici un large extrait de leur communiqué.

« En 2018, on célébrera les 70 ans de la Déclaration des droits de l’Homme. Comble est de constater que cette noble déclaration est constamment violée par ceux-là mêmes qui sont censés la promouvoir. En Europe, notamment en Belgique, les migrants voient leurs droits humains confisqués ou cisaillés quotidiennement. Le mode de gouvernance en matière d’asile et migration prôné par Charles Michel et son lieutenant Théo Franken n’est pas favorable à un quelconque progrès en matière des droits humains et des étrangers. Les quelques droits des étrangers existants, et pourtant déjà taillés sur mesure, sont constamment détricotés. Les migrants sans-papiers, hommes, femmes et enfants sont exclus de la société.

La situation se caractérise par l’exploitation de ces travailleurs sans-papiers, l’instrumentalisation de la population, la stigmatisation des réfugiés et des demandeurs d’asile, les violences et l’usage disproportionné de la police, des arrestations et des expulsions forcées. Les centres fermés se remplissent et se dépeuplent par des charters réguliers, des intimidations sont exercées à l’encontre des avocats, des médecins et des organismes de soutien. (…)

Cette ignoble situation qui touche des milliers de personnes se pérennise sans aucun signe de répit et dans l’indifférence totale de la population. La recrudescence de la xénophobie et du racisme en Belgique ne vient pas du hasard, elle est construite par ceux et celles qui gouvernent ce pays. Les médias belges participent sans dénonciation à ce jeu d’instrumentalisation, ils étouffent la vérité sur la situation des migrants, surtout sur celle des sans-papiers qu’ils aiment appeler illégaux. (…) Même l’Eglise, censée être aux côtés des personnes vulnérables, reste silencieuse. Les universitaires qui pourtant doivent éclairer les citoyens sur l’apport des migrants, sont aux abonnés absents dans la solidarité avec les sans-papiers. Aucune diaspora ne s’est indignée après l’adoption par la chambre le 9 février 2017, des nouvelles mesures sur le régime d’éloignement des étrangers pour des raisons d’ordre public. Aucune entité digne de ce nom ne suscite le débat sur la question des sans-papiers. Tout le monde se contente de son petit confort, alors que les droits humains font une reculade. »

La coordination des sans-papiers en appelle à la population belge, en réponse au « racisme institutionnel » et à la fragilité des droits de cette population. « Nous ne sommes pas des inconnus, on se côtoie tous les jours. nous sommes vos voisins. Dans les écoles, nos enfants sont les copains de vos enfants. Nous sommes des travailleurs et des travailleuses. Nous gardons vos enfants, nous nettoyons dans vos restaurants, nous participons à la rénovation des stations de métro. Nous sommes aussi des acteurs indispensables pour la croissance de ce pays. Aujourd’hui, la Belgique c'est aussi chez nous. Les conditions de vie et de travail des sans-papiers sont inextricablement liées aux vôtres. Au fur et à mesure que la situation des sans-papiers se détériore, inexorablement, les droits humains reculent en Belgique. Ce qui est sûr, tôt ou tard, la xénophobie vis-à-vis des migrants changera de cible, ce sont les droits fondamentaux de tous les belges qui seront mis à mal. »

La coordination des sans-papiers de Belgique interpelle les responsables des partis politiques, les responsables syndicaux, d’associations et d’organisations humanitaires à ce sujet.

Les revendications de la coordination des sans-papiers de Belgique :

  1. mettre un terme au contexte de terreur et de répression systématique dont sont victimes les migrants sans-papiers ;
  2. libérer sans conditions tous les sans-papiers, détenus dans les centres fermés pour simple motif de titre de séjour ;
  3. mettre en place un mécanisme de protection des sans-papiers, de surveillance des droits étrangers en Belgique ;
  4. initier le plus rapidement possible une loi avec des critères clairs et permanents de régularisation ;
  5. engager une réforme pour humaniser l’Office des Etrangers ;
  6. condamner systématiquement et publiquement le comportement désinvolte, raciste et xénophobe de Théo Franken, secrétaire d’Etat à l’asile et à la migration.

« La régularisation des sans-papiers est avant tout une question politique. Elle demande donc une réponse politique. Il faut amener le Gouvernement belge à revoir son mode de gouvernance en matière d’asile et de migration, un mode de gouvernance qui ne fait pas honneur à la Belgique. »