Le pari d'un monde plus juste

Le pari d'un monde plus juste

En ce 20 février, à l’occasion de la journée mondiale de la justice sociale, nous avons l’opportunité de tracer les lignes indispensables à la mise en place d’une société plus juste socialement. 

La justice sociale. Un terme, un concept, une idée, normalement inhérente à la condition d’être humain. Souvent utilisée dans la rhétorique politique au cours de ces dernières années, la justice sociale est un objectif politique qui devrait guider l’élaboration des politiques dans toute société moderne, ouverte sur le monde et soucieuse de progresser.

En ce 20 février, à l’occasion de la journée mondiale de la justice sociale, nous avons l’opportunité de démystifier ces mots trop souvent galvaudés, de revenir sur la situation belge et de tracer les lignes indispensables à la mise en place d’une société plus juste socialement.

La justice sociale : cœur du contrat social du 21e siècle

" La justice sociale est fondée sur l’égalité des droits pour tous les peuples et la possibilité pour tous les êtres humains sans discrimination de bénéficier du progrès économique et social partout dans le monde. Promouvoir la justice sociale ne consiste pas simplement à augmenter les revenus et à créer des emplois. C’est aussi une question de droits, de dignité et de liberté d’expression pour les travailleurs et les travailleuses, ainsi que d’autonomie économique, sociale et politique" (ONU, 2018)

Il y a près de 10 ans, les États (dont la Belgique), le patronat et les organisations syndicales se sont entendus sur ces principes ambitieux, à mettre au cœur de l’action politique moderne. Les moyens de les mettre en œuvre sont connus : la lutte contre les inégalités au travers d’une juste redistribution des richesses. Dans un monde ouvert et une société multiculturelle, cela passe également par un accueil digne des migrants.
 
Seulement voilà, en 10 ans et à cause d’une crise économique fracassante, les objectifs vertueux et moderne qui faisaient consensus sont passés à la trappe. À coup de cures d’austérité, d’idéologie néo-libérale et de manque d’ambition politique à gauche, les idéaux de justice sociale, de progrès et d’égalité ont fait place à la peur, au repli sur soi et au populisme. De sorte que la situation sociale belge, loin de s’être améliorée, se détériore continuellement.

Des pauvres plus pauvres et des riches plus riches

En 2018, près de 2,23 millions de Belges (Bureau du plan, 2017) ont été en situation de pauvreté. Cela signifie que 2,23 millions de Belges n’ont pas pu se nourrir, se soigner, se loger, ni élever leurs enfants correctement. C’est au niveau de la famille (monoparentale en particulier), que le risque de pauvreté est le plus criant. Un peu plus de 4 familles monoparentales sur 10 risquent de tomber dans la pauvreté (41,4%). Et ce ratio s’élève à 8 familles sur 10 si les personnes sont sans emploi.

Face à ces situations alarmantes, les réponses politiques sont loin d’être à la hauteur. Alors que des milliards d’euros publics ont été octroyés aux plus riches, près de 90% des indemnités et allocations sociales versées par l’État sont et resteront inférieures au seuil de pauvreté. Les seuls emplois créés sont des flexi- jobs qui installent la précarité dans l’emploi et multiplient les travailleurs pauvres. Depuis 2010, ce sont 100.000 personnes supplémentaires qui frôlent l’exclusion sociale à cause de moyens financiers insuffisants. Soit 34 personnes par jour !

Non seulement le Gouvernement n’honore pas sa promesse de sortir une part importante de la population de la pauvreté mais il la génère et creuse les inégalités entre les riches et … les autres majoritaires et qui constituent la classe que l’on dit moyenne. . D’une part le Tax-shift, la non-taxation des plus-values sur actions, l’évasion fiscale à grande échelle. D’autre part, le gel des salaires, le saut d’index, les flexi-jobs, la pension rabotée, l’âge de la retraite augmenté, et autres mesures d’austérité budgétaire.

Sous nos yeux, les flux migratoires se muent en drames humanitaires. Il s’agit de comprendre que ces mouvements de population ont toujours fait l’Histoire de nos sociétés, qu’ils peuvent les grandir et les enrichir. Attiser les peurs des citoyens et flatter les bas instincts de la twittosphère n’est pas digne d’une politique migratoire à la hauteur des enjeux de société.

Le temps du progrès

Il est impératif de replacer les notions de " progrès " et de " justice " au cœur des objectifs politiques. Un projet qui s’inscrit sur le chemin de la justice sociale, de la prospérité et de l’égalité est possible. Ensemble, nous pouvons et nous devons veiller à ce que les progrès techniques en cours (la révolution numérique) et à venir s’accompagnent de progrès sociaux. Rétablir la balance au profit du plus grand nombre, " les autres " ! Pour que dans 10 ans, nous puissions nous retourner et nous rendre compte qu’au-delà des mots, des concepts et des idées, un monde plus juste a été construit !

Par Robert Vertenueil, Secrétaire Général de la FGTB
Thierry Bodson, Secrétaire Général de la FGTB Wallonne
Michel JADOT, Président de l’Union Nationale des Mutualités Socialistes - Solidaris
Jean-Pascal LABILLE, Secrétaire Général de l’Union Nationale des Mutualités Socialistes – Solidaris