Le social à l’agenda de l’Europe?

Le social à l’agenda de l’Europe?

La FGTB et l’ensemble du monde syndical européen sont convaincus que l’Europe a un avenir: celui d’une Europe de paix, de justice sociale et de progrès social. Le socle européen des droits sociaux est une opportunité de réfléchir à une harmonisation sociale.C’est pour l’interpeller sur ces points sur nous avons organisé la manifestation du 8 novembre à Bruxelles.

Cela n’arrive pas souvent et ça mérite d’être souligné: nous avons reçu deux bonnes nouvelles de l’Europe. Tout d’abord la conclusion d’un accord de compromis sur la révision de la directive détachement alors que le texte de la Commission était frappé du "carton jaune" par 11 pays membres, essentiellement des nouveaux membres. On semble donc enfin vouloir faire quelque chose contre le dumping social même s’il y a beaucoup à redire sur ce compromis a minima.

Deuxièmement, les ministres européens en charge de l’emploi et de la politique sociale se sont mis d’accord sur la proclamation du Socle européen des droits sociaux que signeront les États membres lors du Sommet de Göteborg le 17 novembre. 

Cela semble indiquer que l’on entend enfin se pencher sur le social.

Pourquoi manifester ce 8 novembre ?

A se demander, devant cette inhabituelle avalanche de bonnes nouvelles européennes pourquoi nous manifestons ce 8 novembre à Bruxelles en front commun syndical «pour une Europe sociale »? Si nous nous réjouissons de voir revenir le social et le droit du travail à l’agenda, nous prenons quand même les velléités progressistes de l’Europe avec des pincettes parce qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.

Depuis 2014, Jean Claude Juncker, président de la Commission Européenne, répète à la cantonade vouloir doter l’Union européenne d’un «triple A social ». Mais il faut bien constater qu’à ce stade le bilan est plus que mitigé. Les politiques économiques ultralibérales ont rendu l’Europe de moins en moins sociale (austérité, concurrence salariale et fiscale, dérégulation du droit du travail, affaiblissement de la sécurité sociale, démantèlement des services publics).

Socle = solide 

Pourtant la FGTB et l’ensemble du monde syndical européen sont convaincus que l’Europe a un avenir : celui d’une Europe de paix, de justice sociale et de progrès social. Le socle européen des droits sociaux est une opportunité de réfléchir à une harmonisation sociale.

Mais il ne suffit pas de réfléchir et de se gargariser de belles paroles: il faut aussi des actes. Des politiques de lutte contre le dumping social et l’augmentation salariale doivent suivre. Plus généralement ce sont la fin des programmes d’austérité et une véritable politique de relance qui sont nécessaires, notamment grâce à un plan d’investissement solide pour la création d’emplois de qualité. Une Europe qui équivaut seulement à un marché unique, sans fiscalité commune ni  harmonisation sociale, ne peut pas être sociale.

Un vrai socle social doit être solide. Or le socle tel que proposé reste branlant. Il ne contient ni les outils ni les ressources pour espérer atteindre un jour une Europe du «triple A social ». Il s’agit de vagues principes, de bonnes intentions, et rien de concret. Le socle tel quel sera surtout d’ordre symbolique. Il n’aura aucun effet contraignant sur les Etats-membres ni les institutions européennes.

Un premier pas

Ce socle social est néanmoins un premier pas, une opportunité à saisir pour aller plus loin et surtout pour sauver le projet européen lui-même. C’est le signe d’un certain changement de ton de la part de la Commission, qui prend conscience des effets dévastateurs d’une société inégalitaire et des risques politiques qu’elle génère. Parce qu’une Europe qui ne s’occupe pas des gens et qui au contraire les ignore et les brime ne peut que susciter le désenchantement, avec des conséquences politiques telles que la montée de l’extrême droite ou le repli sur soi. Il était temps que la Commission et le Conseil passent enfin la tête par la fenêtre de leur tour d’ivoire pour se rendre compte qu’il se passe en bas. 

Le taux record d’abstentions aux élections européennes, le Brexit poussé par les eurosceptiques, la poussée un peu partout, des populismes et des partis d’extrême droite anti-européens, l’isolationnisme en matière d’immigration, les forces centrifuges qui débouchent sur le souverainisme ou l’indépendantisme, sont les signes indéniables de la perte de confiance dans les capacités de l’Europe à relever les défis de la mondialisation, de l’emploi, du réchauffement climatique, des migrations. C’est aussi un grave recul de la solidarité sans laquelle nous ne pourrons pas relever ces défis.

Cet avertissement vaut pour le gouvernement belge et les membres belges du parlement européen. La Belgique va probablement adhérer au socle social européen. Mais cela ne suffit pas. Elle devra s’assurer que c’est un socle solide et efficace, amenant les Etats Membres à une harmonisation sociale réelle vers le haut. Il faudra aussi s’assurer qu’une hausse salariale prenne forme partout en Europe.

La Belgique doit également passer de la parole aux actes et devra peser dans toutes les discussions pour que le dumping social s’arrête une fois pour toute. Et bien sûr, la Belgique doit mettre en concordance les politiques sociales et les politiques économiques, ce qui implique un changement radical de cap par rapport aux politiques néolibérales de démantèlement des acquis sociaux, du droit du travail et des services publics que mène ce gouvernement.

C’est pour l’interpeller sur ces points sur nous avons organisé la manifestation du 8 novembre à Bruxelles.

Rudy De Leew en Robert Vertenueil