Pourquoi la grève le 10 octobre ?

Pourquoi la grève le 10 octobre ?

Ce 10 octobre, tous les services publics – y compris les transports en commun - seront à l’arrêt ou presque. En effet, la Centrale générale des Services publics de la FGTB a déposé un préavis de grève. Les arrêts de travail des fonctionnaires et en particulier des cheminots, sont souvent mal compris par les usagers qui ne sont pas partie prenante aux conflits sociaux de la fonction publique. Du moins le croient-ils, parce que la dégradation des services publics par manque d’investissements, les problèmes de mobilité qui en découlent, les risques de privatisation et donc de renchérissement des services, la précarisation des statuts ou l’affaiblissement du droit de grève concernent tout le monde.

Michel Meyer, président de la CGSP nous explique pourquoi le syndicats FGTB des services publics a décidé cette journée d’action. Les motifs de colère sont nombreux et concernent tous les secteurs de la fonction publique.

L’austérité budgétaire et le manque d’investissements publics

« L’ensemble des SP ont décidé de partir en grève le 10 octobre parce que les mesures d’économies décidées par le gouvernement ont encore été accentuées par l’arrivée d’un gouvernement de droite en Wallonie où des économies seront aussi réalisées dans les services publics et parapublics. Et des économies budgétaires, cela signifie le non remplacement de personnel, la réduction  des investissements, notamment en matériel comme par exemple dans les outils informatiques où on a un retard chronique. Ce seront aussi des économies dans les transports publics où le charroi est vieillissant si pas souvent obsolète comme dans les TEC. On a l’impression que les économies réalisées dans le secteur public sont redistribuées aux entreprises privées sous forme de réductions de cotisations. »

Le statut des fonctionnaires en voie d’extinction

«  On doit subir une série d’attaques sur le statut du personnel. Nous avons déjà à côté des travailleurs statutaires, des travailleurs contractuels. Le gouvernement veut maintenant introduire l’intérim dans la fonction publique. C’est provoquer le dumping social à l’intérieur même du service public. Ainsi à la différence introduite entre contractuels et statutaires sur le calcul de la pension, il y aura une différence sur le salaire entre travailleurs puisque l’intérimaire sera recruté au tarif plancher et n’aura aucune évolution salariale sur base de la carrière. Il finira par remplacer le contractuel qui lui-même remplace le statutaire. Pour licencier un statutaire, il y a une procédure interne assez stricte à suivre. Un contractuel, il suffit de lui donner son C4 et c’est à lui à se défendre. Un intérimaire ne devra même pas être licencié. Il suffira de se passer de ses services.»

Les privatisations

Déclarations, démentis, rumeurs, tantôt la SNCB, tantôt Proximus, tantôt Belfius : le gouvernement est tiraillé entre ses ailes sur le chapitre des privatisations et surtout sur le choix des entreprises qui pourraient passer sous contrôle du privé. Mais une loi avait déjà été adoptée à titre conservatoire pour permettre ces privatisations.

« Les risques de privatisations sont réels. Depuis quelques années l’idée est restée un peu au frigo parce que les économistes ont clairement dit que vendre les participations de l’Etat dans des entreprises qui rapportent plus de dividendes que ce que rapporterait une opération one-shot, c’est une hérésie économique. Il semble pourtant que le gouvernement soit prêt à tomber dans cette hérésie. On ne peut pas dire que c’est une gestion en «bon père de famille des deniers de l’Etat. »

« Et évidemment qui dit privatisation dit fin du statut public , restructuration, réduction de personnel, dégradation des conditions de travail, flexibilité accrue, baisse des rémunérations. Tout ça on n’en veut pas. »

Les pensions aux rabais

«  Chez nous on a un système finalement assez proche de la pension à points : une année de carrière = 1 point. Sauf qu’il n’y a pas de coefficients modérateurs et que l’on calcule la pension sur base des 10 dernières années prestées.  On a déjà subi le recul de l’âge de la retraite, on a modifié le système de pension pour cause médicale. Le ministre a supprimé la valorisation gratuite des années d’études que justifiait l’exigence du diplôme pour accéder au poste et qui compensait les salaires inférieurs de la fonction publique. Supprimer cette valorisation des études  ça rallonge la carrière du nombre d’années d’études, c’est-à-dire de 3 à 5 ans voire plus. »

« Le gouvernement veut en outre supprimer le système de tantièmes préférentiels qui permettent de partir plus tôt en pension en fonction de la pénibilité du travail (avec une pension complète) et le remplacer par un système de pénibilité qui serait moins intéressant. »

Le droit de grève menacé

On l’appelle « service minimum » dans les prisons ou dans les transports en commun à commencer par la SNCB mais sur le fond il s’agit de limiter le droit de grève dans la fonction publique. Les usagers y sont souvent favorables. La CGSP est résolument contre.

« Nous avons déjà un système de service minimum dans certains services mais cela a été négocié, pas imposé. C’est le cas dans les secteurs des soins de santé, la poste, les écoles, les services d’urgence et de secours. Cela concerne des services ESSENTIELS voire VITAUX. Ce n’est pas le cas des transports publics. »

« On est ouverts à la négociation sur un service minimum mais on ne veut pas qu’on nous l’impose. On refuse la réquisition. Parce que c’est cela, si on dresse une liste des services qui doivent être impérativement assurés et qui au final représentent 90% du personnel. Et on n’acceptera pas que l’on impose des amendes à ceux qui se seraient déclarés non-grévistes et changeraient d’avis après le délai de 72 heures imposé pour se déclarer gréviste ou non. »