Que demande le peuple ?

Que demande le peuple ?

À un jet de pierre des élections fédérales, régionales et européennes, la question mérite d’être posée. Les candidats aussi doivent se la poser et une fois élus, ils sont censés y répondre. Mais qui est « le peuple » et que veut-il exactement ? Entre manifestations et sondages, on peut s’en faire une image assez claire. 

On sait ce que nous, FGTB, représentant 1,5 million de travailleurs, nous revendiquons : de meilleurs salaires (avec un minimum à 14 €/h), plus d’emplois de qualité, une bonne sécurité sociale refinancée (et une pension minimum à 1.500 €/mois), de bons services publics, la justice fiscale.

Mis à part les chiffres, les autres syndicats sont globalement sur la même longueur d’onde. Même si on ne sait pas qui ni combien ils sont, on sait aussi plus ou moins ce que veulent les gilets jaunes : du pouvoir d’achat et plus de démocratie.

Des mesures environnementales fortes

On sait ce que réclament les jeunes inquiets à la fois pour leur avenir économique et pour la planète : des mesures environnementales fortes. Ils ne sont pas seuls : d’après un sondage effectué pour le compte de la coalition « Sign For My Future », plus de la moitié des Belges (53 %) estiment que notre pays doit se doter d’une loi climat contraignante, et 64 % souhaitent un plan d’investissement à grande échelle permettant aux citoyens et aux entreprises de mettre en oeuvre des solutions efficaces.

La peur des fins de mois difficiles

Nous savons, maintenant, grâce à une enquête de l’OCDE, ce que veut la majorité silencieuse, ou éparpillée dans les divers groupes : 42 % des Belges craignent les fins de mois difficiles. C’est deux fois plus que les quelque 20% de personnes en risque de pauvreté officiellement recensées. Cela traduit l’inquiétude de cette classe que l’on dit moyenne et qui glisse peu à peu vers la précarité.

Selon l’OCDE, 64 % des Belges ont peur de se retrouver avec une trop petite pension. 79 % pensent que le gouvernement ne tient pas compte de leur avis dans ses réformes de la sécurité sociale et 60 % pensent que le gouvernement devrait faire plus pour garantir leur sécurité économique et sociale.

Dans tous les pays participant à l’enquête, plus de la moitié des répondants déclarent que l’État devrait augmenter le taux d’imposition des hauts revenus, afin de venir en aide aux plus pauvres. Si on additionne tout ce petit monde multicolore, jeunes, jaunes, rouges, verts et anonymes, on a une bonne idée de ce que veut la toute grosse majorité du peuple et de ce que jusqu’à présent on ne lui a pas donné.

Triste bilan

Qu’ont fait les partis de la coalition gouvernementale MR, N-VA, CD&V, Open VLD pour le pouvoir d’achat, la justice fiscale, la protection sociale, l’environnement ?

Blocage des salaires, saut d’index, hausse des accises et de la TVA. Malgré le tax shift, les salaires belges sont parmi ceux qui ont connu l’une des croissances les plus faibles en Europe, selon Eurostat, voire une stagnation complète selon l’Institut syndical européen ETUI.

Qu’ont fait MR, N-VA, CD&V, Open VLD pour la protection sociale ?

Refus de porter les minima sociaux au-dessus du seuil de pauvreté pour financer la réduction de l’impôt des sociétés. Réduction des cotisations sociales employeur, réduction des remboursements de santé, réduction de fait des futures pensions via divers mécanismes (assimilations, conditions d’âge et de carrière, salaire de référence), réduction d’une série d’allocations sociales (AGR, suppléments d’âge chômage, crédit-temps sans motif, etc.).

Qu’ont-ils fait pour le climat ?

Néant. Pas d’accord au sommet de Katowice sur le CO2. Pas de loi climat. Nous arrivons dans la dernière ligne droite avant les élections du 26 mai. Le « peuple » a l’occasion de donner de la voix. Il appartient maintenant à l’électeur de faire en sorte que le peuple soit entendu.