Vous avez dit "bonne gouvernance"?

Vous avez dit "bonne gouvernance"?

En janvier, vous allez peut-être recevoir un montant net légèrement supérieur sur votre compte? Sachez que vous avez financé cela vous-même, dit la FGTB.

À partir de janvier, chaque travailleur belge recevra en moyenne 35 euros net en plus par mois sur son compte. Cette augmentation est imputable, selon le gouvernement, à la mise en œuvre du tax shift. Une bonne nouvelle pour les citoyens en cette période de fêtes? Excusez-nous, mais nous n’avons jamais cru à ce conte du père Noël sur son traîneau tiré par les rennes pour distribuer des cadeaux par milliers. Le tax shift implique en fait un glissement de la fiscalité d’une base d’imposition (le travail par exemple), vers une autre (la fortune par exemple). Les chiffres de la BNB et du FMI montrent que la mesure du tax shift de ce gouvernement n’entraîne pas un glissement des impôts, mais un trou! Un trou dans les recettes fiscales de 4,3 milliards d’euros. Distribution de cadeaux? Effectivement, mais dans le monde réel, les cadeaux, il y a toujours quelqu’un qui les paye.

Entre-temps, l’actualité nous montre comment le gouvernement paiera une partie de son cadeau fiscal de 35 euros. Nous savons depuis peu qu’à partir de 2019, 20% des pensionnés perdront un certain montant de leur pension, alors que les personnes concernées sont entrées dans la vie active avant leur vingtième anniversaire. Oui, vous avez bien lu: 1 pensionné sur 5.

Et la grande réforme des pensions basée sur un système à points doit encore intervenir. Il ressort des premiers plans que le gouvernement voudrait ainsi économiser 10 milliards d’euros. Dix milliards. En passant, soulignons que ce fameux tax shift ne rapporte rien aux retraités, que du contraire. En gros, cela revient à donner d’une main pour reprendre de l’autre.

Par ailleurs, il semble que nous souffrions tous de troubles de la mémoire. Il y a deux ans, nos salaires ont subi un saut d’index. Cela signifie 2% de salaire en moins. Et ce, chaque mois. Sans saut d’index, un salaire moyen aurait été aujourd’hui de 35 euros (et nous ne plaisantons pas) plus élevé chaque mois.

N’est-ce pas un peu stupide? D’un côté, raboter un salaire de 35 euros pour redonner ce montant deux ans plus tard?

À première vue, oui! Mais quand on suit un raisonnement néolibéral, apparemment, non! D’abord, il y a la perception. Le saut d’index, le gel des salaires, se remarque à peine. Si, en tant qu’organisation syndicale, nous ne l’avions pas dénoncé de manière constante, vous ne l’auriez probablement par remarqué, ou alors vous l’auriez déjà oublié.

Une augmentation salariale nette, par contre, ça saute aux yeux. D’un point de vue électoral, c’est une aubaine pour le gouvernement.

Ensuite, il y a l’idéologie. Avec le saut d’index, le coût salarial pour les entreprises a été diminué. D’environ 3 milliards d’euros. En échange, les entreprises ont promis de l’emploi. Mais à ce jour, toujours rien: le taux d’emploi belge est un de ceux qui augmente le plus lentement en Europe. Les dividendes distribués, par contre, ont augmenté, selon la BNB, de 20 à 28 milliards d’euros sur la même période. Un pur hasard?

Des p’tits trous, des p’tits trous, encore des… gros trous!

Puis, il y a cette autre idée fétiche de l’idéologie de droite: diminuer l’offre à la collectivité, que ce soit via les services publics ou la sécurité sociale. Diminution de la fiscalité pour les salariés, moins de cotisations sociales pour les entreprises, etc.… Et dans la philosophie du tax shift, le tout compensé par…??? Mais oui, au fait, par quoi exactement? À la suite du tax shift, il manque soudainement 4,3 milliards d’euros dans les caisses de l’État. Ceci, sans parler de la diminution de l’Isoc, qui laisse un trou d’au moins un milliard d’euros.

Si l’on ajoute à cela les autres décisions de l’Accord d’été, dont même les employeurs disent qu’elles détruiront les emplois normaux et hypothéqueront le financement de la sécurité sociale, vous, citoyens, réalisez que d’autres déficits encore nous attendent. Et après ça, affirmer que le problème budgétaire se situe au niveau des dépenses publiques, il faut oser!

Sans vous en rendre compte, vous avez donc vous-même préfinancé votre future "augmentation" de votre salaire poche de janvier, avec le saut d’index.

Et à l’avenir, vous en paierez encore plus le prix, parce que votre pension sera moins élevée, l’offre de soins de santé sera amoindrie et les infrastructures et services publics seront de moins bonne qualité. Car, où et comment pensez-vous que les déficits seront rattrapés?

C’est une mauvaise politique budgétaire, sociale et économique. En 2 mots: mauvais gouvernement.

Robert Vertenueil et Lars Vande Keybus, respectivement secrétaire général et membre du service d'études de la FGTB