Un peu d’histoire...

Au XIXè siècle, avec l’extraordinaire expansion industrielle que connaît la Belgique, la classe ouvrière est précipitée vers une pauvreté extrême. Les conditions de travail sont misérables et la survie devient une lutte. Avant 1887, il n’existe quasi aucune législation sur le travail. Un ouvrier sur trois travaille 12h par jour et le repos dominical n’est pas généralisé. Les salaires sont misérables, et celui qui ne peut travailler pour cause de maladie, d’accident de travail ou de vieillesse, ne dispose d’aucune protection. L’analphabétisme est généralisé et l’instruction non obligatoire. Le syndicalisme est considéré comme antisocial et la grève sévèrement réprimée.

Néanmoins, face à ces difficultés, quelques mouvements de solidarité voient le jour. Il s’agit principalement de caisses de solidarité, qui se concentrent uniquement sur la défense des salaires de leurs membres.

Vers les premières lois sociales

Les années 1880 s’accompagnent d’une grave dépression économique mondiale, et avec elle la surproduction, la dégringolade des salaires, une sévère baisse du taux d’emploi et la mécanisation de la production. L’appauvrissement généralisé de la classe ouvrière va entraîner l’activité syndicale.

En 1885, 59 sociétés ouvrières fondent le Parti ouvrier belge (POB), dont la principale revendication est l’obtention du suffrage universel. A la même époque, plusieurs grèves s’organisent dans le pays.

Le mouvement prend une tournure violente, en particulier à Roux, où les émeutes réprimées par l’armée finissent dans un bain de sang. Le bilan est lourd : 24 tués, 26 blessés et de lourdes condamnations prononcées à l’encontre des grévistes.

A la suite de ces événements, le gouvernement organise un état des lieux de la condition ouvrière. Les conclusions de la commission d’enquête déboucheront sur un certain nombre de réformes : l’abolition du travail pour les enfants de moins de 12 ans et la limitation du travail dans les mines pour les femmes de moins de 21 ans.

Fondation de la Commission syndicale

En 1893, le POB obtient le suffrage universel tempéré par le vote plural : tous les hommes de plus de 25 ans obtiennent le droit de vote, mais certaines conditions – liées à la fortune de l’individu – donnent droit à deux, voire trois voix. En 1898, le POB fonde la Commission syndicale, qui a pour vocation d’unifier et rassembler, sous la bannière socialiste, de nombreuses et diverses organisations ouvrières.

Avant la première guerre mondiale, les avancées sont faibles, mais les années 1900 voient l’ébauche d’un système de pension se mettre en place. Après la guerre de 14, le mouvement syndical décolle et la législation sociale se renforce, principalement parce que l’on craint de voir les idéaux de la révolution russe impulsée par le prolétariat atteindre l’occident. Les sphères dirigeantes veulent la paix sociale et le POB se retrouve ainsi en mesure de négocier sa participation à la reconstruction. Le 9 mai 1919, le suffrage universel est voté, et, le 14 juin 1921, le temps de travail est ramené à 8 heures par jour. La grève devient un droit à partir du 24 mai 1921.

La période d’entre deux guerres est marquée par la grande crise de 1929 et les politiques déflationnistes. Il faut attendre 1936 pour que l’économie se redresse. Cette année-là, pas moins d’un demi million de travailleurs et travailleuses se mettent en grève afin de réclamer la hausse générale des salaires, l’obtention de congés payés, et la semaine des 40 heures.

Naissance de la FGTB

Au même moment, le mouvement syndical se détache du POB, donnant lieu, en 1937, à la révision des statuts de la Commission syndicale. Elle cesse alors d’exister et donne place à la Confédération Générale du Travail de Belgique (CGTB).

Sous l’occupation, plusieurs organisations syndicales voient le jour, c’est le cas de laConfédération belge des syndicats unifiés (CBSU) d’obédience communiste, duMouvement syndical unifié (MSU) rassemblant principalement des métallurgistes, et duSyndicat général unifié des services publics (SGUSP) fondé par le corps enseignant, les employé-e-s de la poste et les fonctionnaires, avec lesquelles la CGTB va fusionner en 1945 pour créer la FGTB, la Fédération Générale du Travail de Belgique.

Au lendemain de la guerre, les employeurs, qui redoutent l’explosion sociale, sont prêts à d’importantes concessions : de plus hauts salaires et la généralisation des assurances sociales. En 1944, la loi sur la sécurité sociale voit le jour. Ce pacte social s’accorde sur les droits de chômage, les allocations familiales et l’assurance maladie. Il définit la triple contribution des salarié-e-s, des entreprises et de l’Etat.

La FGTB aujourd’hui

Après la seconde guerre mondiale, la FGTB s’est progressivement imposée aux employeurs et aux pouvoirs publics comme un interlocuteur représentatif s'opposant à l'arbitraire des décisions en matière économique et sociale. Avec la FGTB naît le syndicalisme moderne, qui s’impose désormais comme un partenaire incontournable de la concertation sociale.

Après s’être attaquée aux mécanismes de redistribution, la FGTB s’en prend, en 1956, à la réforme des structures. Au programme : nationalisations, gestion centralisée de l’économie, et contrôle du crédit et de l’investissement.

Par la suite, la réforme institutionnelle de l’Etat belge modifie les structures de la FGTB, qui voit la création, en 1978, des interrégionales wallonne (IW), bruxelloise (IRB) et flamande (VLIG).

Dans les années 1990, les mutations de l’économie et le glissement du travail vers le secteur tertiaire poussent la FGTB à s'intéresser aux petites et moyennes entreprises, encore aujourd’hui relativement fermées au syndicalisme.

En 1997, un Bureau des Femmes est créé dans le but de défendre leurs intérêts, notamment par l’égalité entre hommes et femmes. En 2002, le Congrès fédéral élit lapremière femme Présidente de la FGTB, Mia de Vits. En 2004, les trois grands syndicats belges signent la Charte Gendermainstreaming, qui traduit l’engagement de développer l’égalité entre les femmes et les hommes, tant au sein de la structure syndicale, que sur le marché de l’emploi via l’approche intégrée du genre.

Enfin, la mondialisation de l’économie et l’unification européenne amènent la FGTB à élargir son action au plan international. Active au sein de la Confédération syndicale internationale (CSI), elle contribuera fortement à la fondation de la Confédération européenne des syndicats (CES).