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A Paris, contre le dumping climatique !

A Paris, contre le dumping climatique !

 

A Paris, les organisations syndicales du monde entier se mobiliseront pour le climat mais aussi pour que la notion de transition juste soit avalisée par la communauté internationale.

La transition juste se fonde notamment sur une sécurité sociale forte et ses emplois décents basés sur la prise de décision démocratique et le respect des droits de l’Homme et du travail.


La Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre revêt une dimension historique. 194 Etats plus l’Union Européenne (les « parties ») devront s’y accorder sur un nouvel engagement contraignant qui succédera au Protocole de Kyoto, afin de limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à la période préindustrielle.


Niveaux d’ambition très variables

Les jeux ne sont pas fait, loin s’en faut ! Pour l’heure, 147 Etats ont transmis leur contribution. Ils représentent 85% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Malheureusement, la somme des engagements actuels induirait quand même un réchauffement global à 2,7°C, ce qui est encore beaucoup trop pour éviter des catastrophes de grande ampleur. Les récentes inondations dans le sud de la France présagent de ce qui nous attend si l’objectif n’est pas atteint. Par ailleurs, les niveaux d’ambition sont très variables. Si le Costa Rica vise une neutralité en carbone en 2021, la Turquie prévoit que ses émissions de gaz à effet de serre doubleront à l’horizon 2030.


L’Union européenne, quant à elle, et ses Etats membres (dont la Belgique) s’engage à diminuer ses émissions de 40% d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 1990, avec comme perspective de parvenir en 2050 à les réduire de 80 à 95%. La Présidence lituanienne précise que l’Union a déjà réduit ses émissions de 19% depuis 1990, Alors que son PIB s’est accru de 44%.


Bien qu’auréolé de l’image de marque européenne de meilleure élève de la classe climatique, cet objectif est pourtant insuffisant par rapport aux potentialités des Etats membres. Par ailleurs, il ne s’accompagne d’aucun engagement explicite en termes de financement des politiques d’adaptation en faveur des pays les plus pauvres et les plus exposés aux conséquences du changement climatique tels que les petits pays insulaires.


Mais surtout, la mesure des émissions nationales de gaz à effet de serre ne reflète pas leur empreinte carbone réelle car nombre de produits consommés localement comportent des composants provenant de nombreux endroits du globe. Une voiture construite aux Etats-Unis peut être mise en circulation en Argentine et contenir des composants électroniques fabriqués en Chine.


Faux semblants

En réalité, les réductions d’émissions de gaz à effet de serre sont souvent la simple conséquence d’une délocalisation de la production. On l’a vu en Wallonie où les émissions ont été réduites de 34,2% entre 1990 et 2012, en grande partie en raison de la désindustrialisation.


Dans le cadre d’un projet dénommé CREEA, des chercheurs néerlandais ont ainsi pu déterminer que les émissions de l’Union européenne dépassent de 25% les chiffres officiels calculés selon la méthode cadastrale.


Par ailleurs, il convient d’insister sur le fait que le mode de calcul actuel des objectifs d’émissions tend, de manière perverse, à stimuler « les fuites de carbone ». Un cas flagrant permettant d’illustrer ce phénomène est celui du groupe Arcelor Mittal qui a menacé en ce début octobre, de délocaliser encore davantage sa production en dehors de l’Europe si cette dernière ne se fixe pas des objectifs climatiques « réalistes ».


Sauver et le climat et les emplois

La réponse doit consister, non pas à céder au chantage des groupes industriels - ce qui ne ferait que reporter le problème alors qu’il est presque déjà trop tard pour agir - mais d’adopter une stratégie mondiale afin de réduire au maximum la concurrence entre les Etats basée sur le nivellement par le bas des contraintes environnementales et des normes sociales.


Pour citer Peter Poschen, expert del’OIT en matière d’emplois verts : « Les entreprises et le marché du travail ne sont pas le problème. Bien au contraire, le monde du travail est un réservoir de solutions pour faire advenir la transformation des modèles de production et de consommation indispensable à la pérennisation des entreprises et la durabilité de nos économies. »


Espérons que cette vision l’emportera à Paris et que l’intérêt général à long terme, qui est la survie de la planète sans laquelle aucun emploi ni aucune production ne sera possible, l’emportera sur les intérêts particuliers à court terme !