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Des travailleurs de plus en plus malades

Travailleurs en fin de carrière : plus malades ?

Le secrétariat social SDworx a mené une étude sur l’absentéisme en Belgique. Les chiffres montrent que 2012 est une année record et que, depuis 2008, le nombre d’absences de longue durée n’a cessé d’augmenter.

 

Les absences de courte durée restent au même niveau. Par contre les absences de longue durée, c’est-à-dire de plus d’un mois mais de moins d’un an, ont grimpé de manière significative (de 1,56% en 2008 à 2,33% en 2012). 

 

En bref

Ces cinq dernières années le nombre d’actifs de plus de 50 ans a augmenté. D’une part, avec une population vieillissante, ceux qui sont encore en âge de travailler sont plus nombreux. D’autre part, le taux d’activité des femmes a fortement augmenté.

 

Même si ça semble évident, l’âge est un facteur important en matière de santé. L’âge influence la fréquence mais aussi la durée des absence pour maladie.


Pour SDworx, « le stress, l’épuisement professionnel et les affections physiques peuvent en être les causes » à attribuer à « une carrière durant laquelle les personnes sont fortement sollicitées pendant trente ans ». « Cette évolution démontre aussi que les limites de la carrière-citron sont atteintes. » 

 

En savoir +

Absent pour maladie : qui ?

Les statistiques font apparaître des différences qui ne relèvent plus du hasard ou qui sont parfois étonnantes.

  • Non-marchand et santé en première ligne : paradoxalement, c'est le secteur des services non marchands qui est le plus touché, c'est-à-dire le secteur de la santé mais aussi à celui de l’aide sociale et de l’hébergement (handicap, maisons de repos, accueil des enfants).
     
  • Les ouvriers plus que les employés : les ouvriers sont en règle générale plus souvent malades que les employés. Avec cette nuance que les travailleurs à temps plein sont plus souvent malades que les travailleurs à temps partiel.
     
  • Les femmes  : que ce soit des absence de courte ou de longue durée, les femmes sont plus souvent malades que les hommes.
     
  • Les grandes entreprises plus que les PME : plus la taille de l’entreprise est grande, plus l’absentéisme est élevé. Le taux d’absence de courte durée dans les entreprises de moins de 20 travailleurs est de 1,74% contre 2,80% dans les entreprises de 1000 travailleurs et plus.
     
  • Les + 50 : l’âge est un facteur important en matière de santé. L’âge influence la fréquence mais aussi la durée des absence pour maladie.

 

+ 50 + fragiles ?

Depuis 2008 les absences de plus d’un mois ont grimpé de 47 % ce qui semble énorme, même si cela ne représente que 2,29% des jours de travail en 2012.

 

Comment interpréter ce phénomène et comment comprendre cet autre chiffre qui dit au contraire que 50% des travailleurs vont travailler même lorsqu’ils sont malades ?

 

L’INAMI (Institut national de Maladie Invalidité) confirme la tendance. Le nombre d’invalides de plus de 50 ans – c’est-à-dire malades depuis plus d’un an - a augmenté de 25% de 2008 à 2012.

 

L’augmentation est nettement plus marquée chez les femmes ( + 39%) que chez les hommes (+ 12%). Mais avant de chercher des explications subjectives, il y a une explication toute simple : c’est mathématique.
 

  • Plus de femmes actives : le taux d’activité des femmes a fortement augmenté et la conséquence est que le nombre de femmes actives de + de 50 ans en incapacité de travail a aussi augmenté.
     
  • Le recul de l’âge de la retraite des femmes : le recul de l’âge de la retraite pour les femmes de 60 à 65 ans fait qu’il y a plus de femmes actives malades de longue durée de 60 à 65 ans.
     
  • Le baby boom : les baby boomers d’après guerre arrivent maintenant en fin de carrière. La population en général est donc vieillissante et ceux qui sont encore en âge de travailler sont aussi plus nombreux.
     
  • L’extinction des prépensions et le renforcement des conditions de carrière : ces cinq dernières années le nombre des actifs de plus de 50 ans a augmenté de 2,78 %. En comparaison, le nombre des invalides de + 50 ans n’a augmenté que de 0,89%. On constate la même tendance chez les indépendants.


Démotivation, stress, burn out, âge ?

Une fois les chiffres lancés, il s’agit également de les interpréter. SDworx avance plusieurs explications à prendre en compte dans une politique de ressources humaines :
 

  • la démotivation : « L’absentéisme est surtout une forme d’attitude. Les collaborateurs démotivés et insatisfaits sont plus souvent malades que leurs collègues engagés […] D’après une enquête de SD Worx sur l’engagement, il apparaît en effet qu’un grand nombre des absents de longue durée a décroché mentalement. Ils se sentent sous-estimés et ne peuvent plus longtemps s’identifier à la culture et aux valeurs de l’organisation. »

  • les conditions de travail : « le stress, l’épuisement professionnel et les affections physiques peuvent en être les causes » à attribuer à « une carrière durant laquelle les personnes sont fortement sollicitées pendant trente ans ». « Cette évolution démontre aussi que les limites de la carrière-citron sont atteintes. »

    Selon SD Worx, les « carrières citron » ne se conjuguent pas bien avec le vieillissement de la population et donc celui de la population active.

    Cela signifie qu’il faut réduire la pression sur les travailleurs, les ménager un peu plus pour leur permettre de durer tout au long de la carrière.

    « La solution pour le vieillissement et la pénurie sur le marché du travail ne se situe donc pas uniquement dans l’allongement des carrières. Nous devons réinventer la carrière et s’y prendre autrement avec les collaborateurs, » explique François Lombard, auteur de l’enquête.

    « Cela veut dire: d’autres conditions de travail (ergonomie), investir dans la progression, le développement et le coaching. Nous devons oser nous détacher des personnes pour leur donner la possibilité d’à nouveau étudier. Nous devons les autoriser à prendre moins de responsabilités, à prester moins d’heures, à télétravailler et même à devenir indépendant pour venir à nouveau travailler pour l’organisation. Nous devons mettre en place une politique RH durable, proactive et axée sur chaque collaborateur individuel » .