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Harcèlement chez Mactac: une leçon pour tous

Harcèlement chez Mactac: une leçon pour tous

Il a fallu que la presse se saisisse de l’affaire de harcèlement au travail chez Mactac à Soignies pour que l’opinion publique découvre la réalité parfois très dure du monde du travail. Le cas de Daniel est en effet scandaleux. Il ne s’agit d’ailleurs plus de harcèlement mais bien de violence au travail et cette affaire nous touche d’autant plus que ce sont des travailleurs eux-mêmes qui ont infligé ces traitements dégradants à l’un de leurs compagnons de travail. Ajoutons que le silence ou l’abstention de ceux qui n’ont pas réagi est injustifiable. Dans toute société, c’est la solidarité entre ses membres qui garantit la sécurité de chacun et le respect des droits de tous.

 

Cela n’enlève rien à la responsabilité de l’employeur qui est le garant du bien-être au travail de ses employés. Il aurait dû réagir plus tôt et plus fermement et ne pas laisser s’installer la situation déplorable que nous apprenons aujourd’hui.


Que peut-on encore en dire aujourd’hui ?


Aux travailleurs qui ont participé, nous disons que de tels comportements sont indignes. Le respect de la dignité humaine n’est pas une exigence que nous réservons aux seuls employeurs. Quelle que soit leur appartenance syndicale, c’est parce que les travailleurs ont su faire preuve de solidarité et d’entraide qu’ils ont pu faire évoluer leur condition et construire une société plus juste. Recréer dans les entreprises des comportements qui relèvent de la facette la plus inhumaine du monde carcéral, c’est se tirer une balle dans le pied et marquer contre son propre camp. Quelle crédibilité peut-on avoir face à des employeurs qui pratiquent le harcèlement moral -et l’affaire France Telecom nous montre qu’il s’agit parfois de pratiques systématiques, voire réfléchies- si entre nous, travailleurs, nous adoptons le même genre de comportements ?


Si nous voulons être respectés, nous devons balayer devant notre propre porte.


Si on prend un peu de distance à l’égard des responsabilités des uns et des autres, il faut bien constater que le système mis en place pour prévenir ce genre de comportements a dysfonctionné.


La loi a prévu des procédures d’alerte et de médiation. Mais il faut aussi préciser que cette même loi permet le recours à la justice si la médiation en interne ne donne rien.

 

Il faut analyser aujourd’hui pourquoi cela n’a pas marché et voir comment améliorer l’information aux affiliés et la formation des délégués. Le fait que le meneur, dans le cas Mactac, soit un délégué syndical n’est pas une raison suffisante pour remettre en question la protection des délégués.

 

La protection qui est liée au mandat n’est pas destinée à mettre le délégué au dessus du lot mais à protéger le droit d’association des travailleurs.

 

C’est un droit collectif que l’on délègue à celui qui a accepté le risque de représenter ses camarades et qui s’expose ainsi aux représailles. Nous ne saurions accepter qu’une telle protection serve à couvrir des comportements injustifiables. Ceux qui s’en rendent coupables vont à l’encontre des valeurs syndicales et n’ont plus leur place dans notre organisation. Mais il faut bien reconnaître que le cas Mactac est un cas isolé tout à fait minoritaire. Ce délégué a été exclu de son organisation. Et si la justice lui a donné raison quant à son licenciement pour faute grave, c’est sur base d’un vice de procédure et non sur le fond.

 

Aux victimes enfin, que nous citons en dernier lieu, non pas parce que ce sont elles qui comptent le moins, mais au contraire parce que c’est à elles que va toute notre sympathie et parce qu’elles méritent tout notre soutien, nous disons : ne vous enfermez pas dans le silence ! Il y a des procédures pour porter l’affaire à la connaissance de la ligne hiérarchique.. Le législateur a voulu par ces procédures, tenter l’apaisement et la conciliation. Il suffit parfois d’une prise de conscience, d’un rappel à l’ordre, pour éviter l’estompement des normes. Peut-être ces procédures ne sont-elles pas suffisantes. Mais la loi a dans ce cas aussi prévu le recours à la justice si la procédure interne échoue.


Les victimes de harcèlement doivent en tout cas savoir que la loi prévoit pour elles la protection contre le licenciement et que nous leur garantissons, en tant qu’organisation syndicale, tout notre soutien.

 

       Anne Demelenne                                                                                   Rudy De Leeuw
      Secrétaire générale                                                                                     Président