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La crise du Coronavirus: et après ? Manifeste de la FGTB

La crise du Coronavirus : et après ? Manifeste de la FGTB

La crise du coronavirus a causé beaucoup de souffrances et de désagréments. Mais elle nous a aussi appris beaucoup de choses. Que l’économie et la société continuent à tourner en temps de crise également, grâce aux travailleurs. Avec en tête, les travailleurs occupés dans des secteurs vitaux et essentiels. Que l’Etat et la sécurité sociale ont absorbé le choc et nous guident à travers la crise. Que de bons soins de santé et le maintien du pouvoir d’achat sont essentiels. Que la solidarité est le ciment d’une société.

Des constats que plus personne ne peut nier aujourd’hui. Et auxquels nous devons nous accrocher. C’est le moment de changer les choses. C’est devenu une nécessité car le modèle néo-libéral n’apporte pas de réponses aux inégalités croissantes, ni au changement climatique.

Protection sociale, maintien du pouvoir d’achat, organisation de la solidarité : précisément nos domaines de prédilection en tant que syndicat. C’est pourquoi nous avons un droit de parole, mais également une responsabilité sociétale. Le changement ne viendra pas seulement de la politique, mais également d’en bas.

La crise du coronavirus est donc une opportunité de changer de cap. Mais il y a également des menaces. La droite voudra rapidement revenir au cours ordinaire des choses et s’opposera toujours à une solution qui permettrait de régler la facture d’une façon solidaire et intelligente.

Les travailleurs ont droit à davantage de reconnaissance et d’estime

Les travailleurs font partie des plus grandes victimes de cette crise économique. Nous avons pu limiter les dégâts grâce aux améliorations sociales que nous avons pu arracher, comme le relèvement des allocations de chômage temporaire. Mais les chômeurs temporaires perdent de leur pouvoir d’achat et bon nombre d’entre eux risquent aujourd’hui de perdre totalement leur emploi. Les travailleurs avec des statuts précaires, comme les intérimaires, sont souvent les premiers à perdre leur travail et leurs revenus. De nombreux travailleurs – surtout des travailleuses – qui ont dû rester au travail dans lesdits secteurs essentiels ou vitaux sont aujourd’hui vus comme des héros, mais sont sous-payés et sous-valorisés. Sans oublier qu’au cours de la dernière décennie, les travailleurs ont toujours reçu moins que la valeur ajoutée qu’ils produisent. La modération salariale est un pilier du modèle économique socio-libéral.

C’est pourquoi la FGTB émet les revendications suivantes :

  • La crise du coronavirus a démontré que la protection et la sécurité au travail devaient bénéficier de la priorité absolue. Ceci nécessite des plans de prévention négociés, suffisamment d’équipement de protection collective (EPC) et individuelle (EPI) et davantage d’inspections (qui doivent au moins être doublées).
  • Les travailleurs occupés dans lesdits secteurs vitaux et essentiels doivent bénéficier d’une revalorisation structurelle. Via des négociations salariales et la libération des budgets de personnel pour les services publics et le secteur non marchand.
  • Une revalorisation sensible du travail sous-payé. Via un relèvement drastique du salaire minimum à 14 euros bruts/heure ou 2.300 euros bruts/mois.
  • La garantie d’une part salariale équitable pour tous les travailleurs. Ce qui nécessite une réforme fondamentale de la loi actuelle sur la norme salariale (à titre purement indicatif, tenir compte de toutes les réductions de coûts salariaux, garder l’augmentation du salaire minimum à 14 euros en dehors de la norme salariale). Et la garantie d’un salaire égal pour un travail égal.
  • En finir avec le travail précaire, comme les contrats journaliers successifs et offrir, aux travailleurs de plateformes, un contrat de salarié normal.
  • S’atteler à une répartition plus équilibrée du travail via une réduction collective du temps de travail et œuvrer pour un travail faisable.
  • Renforcer la démocratie économique en accordant à tous les travailleurs le droit à la représentation syndicale.

Revaloriser notre sécurité sociale et nos services publics

Cette crise a très clairement révélé l’importance des soins de santé et de la protection sociale. Au cours de la dernière décennie et certainement au cours de la dernière législature, les services publics et la sécurité sociale étaient perçus comme des charges sur lesquelles il fallait réaliser un maximum d’économies. La sécurité sociale était également la vache à lait pour l’octroi de subsides aux entreprises. De nombreuses allocations sociales sont en outre trop basses et les minima sont souvent inférieurs au seuil de pauvreté.

La FGTB exige dès lors :

  • De nouveaux investissements dans les soins de santé ainsi que dans d’autres services (publics) essentiels
  • Un renforcement du caractère fédéral et public de la sécurité sociale.
  • Un financement robuste de la sécu via un moratoire sur les réductions de cotisations (linéaires), sur les statuts précaires et les rémunérations nettes : via une contribution de tous les revenus ; via une dotation d’équilibre .
  • Une solide amélioration des prestations sociales, en augmentant toutes les allocations sociales pour les porter à un niveau supérieur au seuil de pauvreté et en garantissant une pension minimum de 1 500 euros nets, mais aussi en renforçant le caractère assurantiel des prestations afin de mieux compenser le salaire perdu. Il faut mettre un terme à la dégressivité dans le chômage.

Un autre modèle économique : plus durable et plus égalitaire

Ces dernières années, nous passons d'une crise économique à l’autre. La crise du coronavirus montre que les chaînes de production mondialisées rendent l'économie particulièrement vulnérable aux chocs externes et aux problèmes d'approvisionnement. Ceci s'ajoute à d'autres erreurs systémiques telles que la crise climatique et l'augmentation des inégalités.

La FGTB émet donc les revendications suivantes :

  • La crise du coronavirus montre que les employeurs s’adressent aux pouvoirs publics dès que les choses tournent mal. Quand la situation s'améliore, ils en tirent les bénéfices. Il faut en finir avec cette situation de socialisation des pertes et de privatisation des bénéfices. En mettant un terme à la baisse de l'impôt sur les bénéfices. En rendant les aides publiques beaucoup plus sélectives. Le cas échéant, les pouvoirs publics doivent prendre des participations et mettre sous contrôle public certains secteurs essentiels, tels que le secteur de l'énergie.
  • L'organisation de l'économie doit changer. Il faut miser davantage sur les chaînes courtes. Développer une économie circulaire. Investir davantage dans la formation et donner plus de chances à ceux qui éprouvent des difficultés à trouver du travail. Faire plus d'efforts pour une transition climatique équitable et concertée vers une économie à faible intensité de carbone.

Les pouvoirs publics : investir, redistribuer, collaborer

La crise sanitaire est devenue une crise économique et fait grimper les déficits publics et la dette publique. Ce qui risque de déboucher à nouveau sur une politique d'économies à réaliser sur le dos des travailleurs. Alors qu'il faut plus de pouvoir d'achat, plus d'investissements et plus de redistribution des richesses.

La FGTB exige dès lors :

  • La fin de la politique d'austérité de ces dernières années. La relance économique ne peut être obtenue qu'en augmentant le pouvoir d'achat et les investissements publics. Il faut créer une marge pour les investissements publics en prévoyant, au niveau européen, des ressources et des fonds et en assouplissant radicalement les règles budgétaires européennes. Le Pacte de stabilité doit donc être revu en profondeur et la réglementation sociale doit être rendue contraignante (comme le Socle européen des droits sociaux)
  • Mais aussi une réforme fondamentale de la fiscalité qui doit être nettement plus équitable et qui doit donc être davantage axée sur le capital et les grosse fortunes.
  • La crise du coronavirus, la crise climatique, la répartition inégale des revenues/fortunes…montrent clairement l’importance de la collaboration et de la solidarité entre les pays et au sein de notre propre pays. L’Europe doit résolument opter pour la coopération et le soutien aux États membres qui éprouvent des difficultés. Dans notre pays aussi, nous devons opter pour la coopération, la coordination et non pour la division.