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La FGTB en direct de Durban

La FGTB en direct de Durban

La FGTB en direct de Durban

Les Gouvernements du monde entier se réunissent à Durban pour la 17e conférence sur le Climat. Alors que tous devraient chercher à mettre en place des plans de relance économique durable, basés sur des mesures intégrant la lutte contre les changements climatiques dans le cadre d’une Transition Juste, le climat actuel est austère. Ici également, les différentes crises que traverse la planète se font ressentir.

 

Une délégation de la FGTB présente sur place nous livre, jour après jour, un compte-rendu des négociations:

 

2 décembre - Durban, le décor

Traditionnellement, la première semaine est (extrêmement) technique. Elle rassemble les experts et autres techniciens des différentes « Parties » (membres des Nations Unies : pays ou groupement de pays, comme l’Union Européenne). Ils sont censés débroussailler le travail, dégager des pistes, imaginer des options pour la seconde semaine qui voit l’arrivée des responsables politiques qui, eux, doivent effectuer les arbitrages et trancher. A ce stade, on ne perçoit que les difficultés.

 

Pour rappel, alors que nous serions en droit d’attendre de cette Conférence qu’elle dégage un accord donnant suite au Protocole de Kyoto, il est déjà sur qu’il n’en sera rien.

 

Au menu de ce à quoi cette Conférence peut accoucher, il y a :

  • la reconnaissance du fait qu’il y a lieu d’augmenter le niveau d’ambition de réductions des émissions de CO2 si l’on veut atteindre l’objectif d’augmentation maximale de la température à 2°C comme définit dans l’accord de Copenhague ;
  • la mise en œuvre concrète des questions relatives au financement, tant pour le « Fast Start » que pour le « Green Fund » ; 
  • un accord sur une feuille de route précise et détaillée des étapes qui devront mener à un nouveau Protocole de Kyoto, au grand plus tard en 2015.

 En savoir plus sur les enjeux des négociations

 

Au niveau syndical, la délégation est déjà impressionnante. On attend au final plus de 250 représentants venant des 4 coins de la planète. Nous sommes ici pour nous assurer que la Transition juste est bien maintenue dans l’accord, faire entendre notre voix sur les questions liés au financement (notamment à affecter aux travailleurs pour leur assurer des formations adéquates) ou encore voir confier à l’OIT un rôle actif au sein des Nations Unies sur le climat sur le volet social des négociations.

 

Outre le suivi des négociations au plus près, la Confédération syndicale internationale organise le Pavillon du Monde du Travail du 29 novembre au 6 décembre. Une série de séminaires et de formations s’y déroule, démontrant l’implication du monde syndical dans la question climatique.


La FGTB, en collaboration avec la Confédération européenne des Syndicats, organise également un atelier sur la question de l’efficacité énergétique et du rôle de la concertation sociale. 
 

3 décembre - La société civile, dont les syndicats, fait entendre sa voix !

Ce samedi matin était organisé une marche - colorée et dansante - de la société civile, qui rassemblait des communautés locales, des syndicats, des jeunes, des ONG et des communautés religieuses. La FGTB et la Confédération syndicale internationale était également de la partie.


2 messages principaux sont ressortis de la manifestation : l’exigence d’avoir un accord global, ambitieux et contraignant sur le climat et la remise en cause du système capitaliste basé sur le profit et l’accumulation de richesse.
 

 

5 décembre - La transition juste en danger?

La première semaine étant bouclée, le fruit des négociations techniques a été publié dans de nouveaux textes. En ce qui concerne la principale revendication portée par le monde syndical, la Transition juste, elle est toujours actée dans les textes, mais un ajout risque très sérieusement d’amoindrir sa portée : la Transition juste devra se faire « en concordance avec les priorités définies par les Etats ». Bref, les stratégies nationales prévalent désormais sur la manière dont elle doit être réalisée.


Sur le front syndical, la Confédération syndicale internationale (CSI) a organisé dimanche un « caucus », une réunion pour tirer le bilan de la première semaine de négociations et surtout établir la stratégie pour la semaine à venir. Cette réunion était présidée par Sharon Burrow, secrétaire générale de la CSI.


Sur la stratégie, les nouveaux textes démontrent que l’on ne doit pas baisser la garde et que notre travail de lobbying destiné à convaincre nos responsables politiques d’intégrer la composante sociale dans les textes est toujours d’actualité. Nous devrons également rappeler notre volonté d’instaurer une taxe sur les transactions financières pour financer la transition vers une société bas carbone.


Nous apprenons aussi que la prochaine Conférence sur le Climat (COP18) se tiendra au Qatar, le pays du non droit social et humain par excellence, qui exploite les travailleurs venus d’Asie du Sud Est. Le pays où la liberté d’expression et la liberté syndicale n’existent pas.


La Confédération européenne des Syndicats a, pour sa part, tenu un séminaire sur l’efficience énergétique en Europe. Luc Voets, directeur du Bureau d’Etudes de la FGTB, a par ailleurs parlé du modèle de concertation sociale belge comme outil d’amélioration de l’efficience énergétique. Il a présenté des mesures très concrètes, telles que la création du Fonds de réduction du coût global de l’énergie (FRCE), l’Alliance Emploi Environnement ou encore les éco-chèques. 

 

6 décembre - Démocratie des peuples ou démocratie de l’argent ?

Ban Ki Moon dans son discours d’introduction a appelé les Etats à s’engager, ici à Durban, dans un second protocole de Kyoto. Il l’a dit : « la planète et l’humanité en ont besoin. » Mais sera t il entendu ?

 

La réalité, dicté par des intérêts économiques, semble toute autre. Quand on parle de lancer une feuille de route pour arriver à une accord légalement contraignant, certains pays jurent, la main sur le cœur, que ce n’est pas nécessaire, qu’il vaut mieux procéder par engagements volontaires. Pourtant la crise économique et financière a démontré combien la logique de marché est vouée à l’échec. Il est nécessaire de réguler et le protocole de Kyoto a été le seul instrument à apporter des résultats réels en matière de réduction des gaz à effet de serre.

 

7 décembre - Vers où allons nous ?

La poursuite du protocole de Kyoto est au centre de toutes les préoccupations, au même titre que les questions de financement, la recherche d’une vision commune sur la lutte contre les changements climatiques ou encore la révision, à la hausse, des efforts à fournir pour diminuer les émissions de CO2.


L’Union européenne a annoncée qu’elle était prête pour une deuxième période d’engagement et a appelé à la mise en place d’une feuille de route pour l'adoption d'un cadre mondial complet et juridiquement contraignant.


D’autres pays développés ont, eux, adopté une autre attitude. Et de nombreux observateurs dénoncent la tendance, relativement lourde, qui vise à vouloir réduire le degré d’ambition de cette Conférence. Cette tendance est insufflée par des pays connus pour leur faible degré d’implication dans le processus de lutte contre les changements climatiques, comme les Etats-Unis, le Canada, suivi maintenant par d’autres tels que le Japon ou encore l’Australie.

 

8 décembre - Pour des financements innovants

Sur la question du financement, il est essentiel pour la délégation syndicale que des moyens de financement innovants soient dégagés et adoptés à Durban, parmi lesquels la taxe sur les transactions financières. Les revenus de cette taxe pourraient alimenter les moyens nécessaires pour prendre des mesures d’adaptation aux changements climatiques, notamment pour les travailleurs. C’est en tout cas ce que défendent les syndicats et associations telles que WWF et Oxfam.


Au niveau des négociations, c'est le Canada, avec son Gouvernement ultra conservateur, qui freine le plus l’avancement des discussions. Engagé de l’exploitation des gaz de schistes, une activité extrêmement polluante, il a par ailleurs annoncé qu’il se retirerait du Protocole de Kyoto le 23 décembre prochain.

 

9 décembre - Dans l’attente…

Nous sommes à la dernière journée.
L’atmosphère est lourde et tendue. Va t on vers un accord ou vers un échec ? Impossible de le dire à ce stade, il y a encore une longue journée de négociations. Ce qui est clair, c’est qu’il n’y aura pas d’accord global et contraignant ici à Durban, mais ça on le savait en arrivant…


La grosse inconnue reste toujours la forme légale et la suite à donner sur Protocole de Kyoto. Différentes options sont sur la table, différents timing existe : accord de principe, ratification l’année prochaine, amendement au protocole, nouvel instrument à partir de 2020…