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Le bien-être toujours 5ème roue de la charrette

Le bien-être toujours 5ème roue de la charrette

Dans les secteurs cruciaux et services essentiels, la distance physique a dû être assurée uniquement dans la mesure du possible, les moyens de protection - tels que les masques - n’étant pas disponibles. Ou pas pour tous. Ou pas fiables. Les travailleurs de ces secteurs ont dû mettre leur santé et leur sécurité en danger. Ils ont dû confier la garde de leurs enfants et ont dès lors risqué de contaminer leurs proches.

Pour une grande partie des autres travailleurs, le télétravail a été la norme. Là aussi, l’on a dû faire face aux risques psychosociaux, à la surcharge - ou au manque - de travail, à la gestion concomitante des enfants, aux conflits internes….

Quatre mois plus tard, les constats sont révoltants

La crise du coronavirus a mis en exergue les inégalités des travailleurs face à la protection de leur santé physique, psychosociale et mentale. Le Gouvernement ne donne pas l’impression d’avoir de la considération pour la santé et la protection des travailleurs. Les décisions sont prises sans cohérence globale.

Dans les cénacles européens, la Belgique a appuyé la position de la Commission: le SARS COV 2 ne représente pas un danger sur les lieux de travail en dehors du secteur des soins de santé et des laboratoires. Les mesures barrières préconisées par la Santé Publique suffiraient. La responsabilité d’une contamination éventuelle repose dès lors sur le travailleur lui-même. On omet ici de prendre en considération le fait que le travailleur est contraint de respecter les directives d’organisation du travail imposées par son employeur. Il n’est pas libre de ses mouvements comme il le serait dans l’espace public.

Au 30 juin, Fedris enregistrait 5760 déclarations de maladies professionnelles dans le secteur des soins de santé. Plus de 80% ont été introduites pour des travailleuses.

Le Covid est à présent reconnu sous des conditions strictes comme maladie professionnelle, pour une partie un peu plus large de travailleurs des services essentiels qui ont été contaminés entre le 18 mars et le 17 mai 2020. Mais prenons le cas d’un travailleur d’un abattoir, par exemple. Il est contraint d’exécuter ses tâches dans un environnement de travail pénible, sa profession est considérée comme essentielle mais, s’il contracte le coronavirus, il n’est pas garanti qu’il sera, ou ses ayants droit, reconnu comme bénéficiaire possible du système des maladies professionnelles.

Pourtant, on a recensé dans le monde, après le 17 mai, des clusters de centaines de travailleurs contaminés dans les abattoirs. Pendant ce temps, Sciensano reste sourde à nos demandes d’enregistrer la profession des malades sur les déclarations Covid, ce qui empêche toute statistique par rapport aux métiers.

Les travailleurs les plus pauvres sont les plus touchés

Les données épidémiologiques, qui couvrent des pays du monde entier, montrent que les travailleurs les plus pauvres sont les plus à risque car contraints de se rendre sur leur lieu de travail pour survivre. Des secondes vagues touchent ces populations-là en premier.

Dès qu’il est possible, le télétravail reste toujours recommandé en Belgique. De nombreuses fonctions ne le permettent toutefois pas. Les personnes qui doivent poursuivre leurs activités professionnelles sans que la distance sociale ne puisse être respectée courent donc un risque spécifique de contamination. Les services d’inspection du travail, pourtant en manque d’effectifs, relèvent environ 65% d’infractions aux mesures d’hygiène et de distance physique dans les quelques 2500 entreprises visitées entre le 4 mai et le 26 juin.

Bien que les dispositions du Code sur le Bien-être au travail et du Code Pénal Social soient d’application pour assurer la protection de la santé de tous les travailleurs, il apparait plus que nécessaire de s’atteler rapidement à l’écriture de dispositions légales spécifiques aux situations de pandémie. Il faut investir dans la prévention des risques professionnels à tous les niveaux et tenir compte des interactions entre eux. 

Encore une fois, il est clair que la santé et la sécurité des travailleurs ne reçoivent pas la considération qu’elles méritent, et que les intérêts économiques priment toujours sur la santé des travailleurs. La FGTB fera tout pour que le bien-être au travail soit mieux respecté.

A travers #NotreVaccin contre la crise sociale, nous voulons faire face aux conséquences de la crise qui s’annonce. Cela passe par la santé et la sécurité des travailleurs.