Retour

Le rail belge en danger !

Le rail belge en danger !

Avec 3 milliards d'économies, la SNCB paie le prix fort des coupes budgétaires du gouvernement. On a beau nous affirmer qu’on peut faire mieux avec moins de moyens, la baisse de la dotation des chemins de fer aura inévitablement des répercussions désastreuses sur la qualité du service et sur l’emploi : suppression des voies non rentables, manque d’investissements, évolution des tarifs à la hausse et réductions de personnel. A l’heure où les transports en commun collectifs devraient occuper une place centrale en matière de mobilité, nous regrettons un manque total de vision et de cohérence politique dans ce dossier.
 

Un plan ambitieux, socialement responsable et partenaire d’une transition juste vers une société bas carbone, était pourtant crucial. Plus de 20% des émissions de CO2 de la Belgique sont issus du transport et le coût économique des embouteillages s’élève à 2% du PIB belge. La fréquentation du chemin de fer a, quant à elle, augmenté de 46 % depuis 2000, prouvant le succès et la nécessité de ce mode de transport et l’urgence d’y investir pour assurer un service public de qualité et répondant à la demande.


Au lieu de quoi, le gouvernement Michel met en danger le rail belge. Avec une baisse de la dotation des chemins de fer de l’ordre de 3 milliards d’euros (chiffres cumulés jusqu’en 2019), le rail ne sera plus en mesure de répondre aux attentes des voyageurs. Les interlocuteurs sociaux, y compris le rang patronal, l’ont pourtant rappelé à la Ministre dans un avis rendu par le Conseil central de l’économie : « les nouvelles économies drastiques imposées à la SNCB et à Infrabel risquent de détériorer encore la qualité et l’offre ferroviaire et, par conséquent, de diminuer l’attrait du rail et d’accroître les problèmes d’adéquation entre l’offre et la demande en matière de mobilité » (avis du CCE 2015-0890).


Suppressions de trains et de lignes

Certaines lignes en ont déjà fait les frais et de nombreux trains ont été supprimés ces dernières années. Les restrictions budgétaires supplémentaires menacent 800 kilomètres de voies sur les 3800 que compte le royaume, l’offre y étant jugée insuffisamment rentable. Il s'agit surtout de lignes rurales, où le service serait supprimé ou remplacé par des bus. De même, les trains circulant en dehors des heures de pointe sont également menacés. Ce mouvement va à l’encontre de l’idée même du service public, bénéficiant à tous et toutes, y compris aux populations isolées ou à celles contraintes de travailler à horaire décalé.


Manque d’investissements

Les coupes budgétaires restreignent et retardent les investissements. A nouveau, ce sont les tronçons les plus rentables qui seront privilégiés, tandis que d’autres projets seront abandonnés. On ne parle même plus du RER, chantier dont l’aboutissement est une nouvelle fois reporté. L’allongement des chantiers pèse sur la qualité du service. Pour masquer cette situation et augmenter les statistiques de ponctualité, les temps de parcours ont été allongés : sur certaines lignes, les trains sont plus lents qu’il y a 30 ou 40 ans.


Tarifs en hausse

De l’aveu même des dirigeants de la SNCB, le prix payé par les usagers pourrait augmenter de 50 %. Cela ira à l’encontre d’un service accessible à tous, le budget de transport pesant plus sur les plus pauvres. De même, l’idée de moduler les tarifs en fonction de l’heure d’utilisation pénalisera les navetteurs obligés de voyager aux heures d’affluence.


Réductions de personnel

On prévoit la disparition de 7000 postes, qui à leur tour engendreront autant de conséquences négatives : suppression de guichets, du service et du contrôle social qu’ils offrent, mise en place de trains sans accompagnateur, entravant encore l’accès des personnes à mobilité réduite, faute d’aide à l’embarquement, ainsi que le service et la sécurité dans les trains.


Libéralisation du rail

En sous-finançant délibérément le rail, cette politique vise en réalité à préparer sa libéralisation. En rendant la situation intenable - investissements reportés, suppression de services, nombre et qualité de trains insuffisants par rapport à la demande - ces décisions vont encourager l’entrée du privé pour combler ce que ne financera plus le public, voire la privatisation au rabais de services publics devenus inefficaces.


Un plan ambitieux plus que jamais nécessaire

Pour répondre aux défis sociaux de mobilité et environnementaux, le rail est appelé à jouer un rôle crucial : plus écologique, il est aussi plus économique pour la société que les autres modes de transport, voiture en tête. Loin des restrictions budgétaires qui mèneront à l’asphyxie des chemins de fer et de la population, un plan ambitieux est nécessaire. Un plan qui investit des moyens et de la main-d’œuvre dans un réseau dense, autour des grandes villes et dans les régions rurales. Un plan visant des tarifs moins élevés.