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Le syndicat doit participer à la recherche de voies durables pour l’industrie

Le syndicat doit participer à la recherche de voies durables pour l'industrie

 

Patrick Mertens est secrétaire provincial de la section de Flandre Orientale de l’ABVV Metaal. Patrick a un intérêt plus large qui l’amène à se pencher sur l’industrie en période de crise économique et de globalisation. Il nous parle des gaz à effet de serre, des moulins à vent et de la concurrence avec la Chine.
 

Comment les grandes entreprises de la zone portuaire de Gand se comportent-elles en matière de climat et d’énergie ?

Patrick Mertens : « Volvo Trucks a joué un important rôle de pionnier pour la zone du canal de Gand. L’entreprise a été la première à envisager une usine à empreinte carbone neutre. Depuis 2006-2007, l’ensemble de l’énergie utilisée est « verte ». L’usine a misé sur l’économie d’énergie et l’efficacité énergétique. Le nouveau centre logistique est passif. L’éclairage consomme le moins d’électricité possible. Des panneaux solaires ont été placés sur le toit et des moulins à vent ont été érigés sur le site de l’entreprise. Et la quantité de courant manquante est fournie par les centrales hydroélectriques de la vallée du Rhône.
 

Chez Arcelor Mittal, l’histoire énergétique présente deux faces. D’une part, ArcelorMittal souhaite diminuer les émissions annuelles de 9 millions de tonnes de CO2. En 2010, ArcelorMittal a ouvert une nouvelle centrale électrique. Electrabel a investi 300 millions d’euros dans la centrale où sont brûlés des gaz de haut-fourneau et de convecteur. ArcelorMittal a injecté 90 millions d’euros dans l’installation qui accueille les convecteurs à gaz. Une diminution de 150.000 tonnes de CO2. Plus récemment, ArcelorMittal a investi 80 millions d’euros dans une installation visant à transformer le CO des gaz en éthanol. Soit une diminution de 120.000 tonnes de CO2. Pour le moment, les projets obtiennent un résultat limité mais il s’agit clairement de pas dans la bonne direction, qui peuvent ouvrir des perspectives pour l’industrie à l’avenir.
 

L’autre face, c’est que l’entreprise répond au système européen d’échange de quotas d’émission pour les émissions de gaz à effet de serre (SEQE), et met tout en œuvre pour obtenir un maximum de droits. Arcelor affirme que SEQE ne cause aucun problème de concurrence en Europe, mais bien en dehors de l’Union européenne. Techniquement, tout ceci est difficile à contrôler, mais nous ne pouvons nier le phénomène ».
 

Les sièges d’exploitation d’ ArcelorMittal dans la zone du canal de Gand font partie d’un grand groupe. Quelle est la position de l’implantation de Gand au sein du groupe ?

Patrick Mertens : Le site de Gand essaie d’être le premier de la classe. Le management de Sidmar a une bonne réputation. C’est un atout. Mais ce n’est pas toujours simple pour le syndicat : il y a une forte pression sur le personnel. Au début des années 90, l’implantation produisait un peu plus de 3 tonnes d’acier par an par membre du personnel. Aujourd’hui, nous allons vers 5 tonnes.
 

La bonne réputation de l’implantation lui rapporte régulièrement des budgets d’investissement, pour des projets en matière de climat et d’environnement également. Les possibilités d’innovation restent toutefois limitées, surtout si vous restez dans le cadre du processus de production existant. Ce que vous pouvez faire, c’est rechercher des applications utiles – à l’instar des récents projets - ou une compensation des émissions.
 

ArcelorMittal a réalisé une expérience avec un four électrique destiné à fondre de la ferraille, mais celle-ci a malheureusement échoué, aussi bien sur le plan technique qu’économique. Sur le plan économique, la crise, le prix élevé et les quantités limitées de ferraille ont fait capoter le projet. »
 

Et les travailleurs dans tout cela ?

Patrick Mertens : « Les travailleurs comprennent de plus en plus que l’attention pour l’énergie, le climat et l’environnement est importante pour la survie de leur entreprise.
 

Chez ArcelorMittal, les travailleurs et les organisations syndicales sont très bien informés de ce qui se passe au niveau de la réglementation européenne. Ce qui ne veut toutefois pas dire que les informations sont toujours complètes.
 

Chez Volvo, la marge réservée au dialogue est plus grande. Cela permet aux organisations syndicales de réagir à la stratégie de l’entreprise en avançant leurs propres points. Ainsi naît une marge plus importante pour avoir une réflexion stratégique et rechercher des solutions créatives. Ce qui permet d’obtenir de meilleurs résultats ».
 

Que doivent faire les organisations syndicales pour se renforcer dans la domaine de la politique industrielle, de l’énergie et du climat ?

Patrick Mertens : « Le syndicat doit aider à rechercher des voies nouvelles pour l’industrie. Il y a vingt ans, c’était un tabou. Aujourd’hui, nous nous rendons compte que nous ne devons pas seulement regarder les conditions de travail et de salaire. Nous devons sortir de la défensive et reprendre notre rôle d’avant-garde sociale, sans bien entendu perdre de vue nos missions clés.
 

L’ABVV Metaal s’est engagé sur cette autre voie depuis cinq à six ans. Nous aussi, nous devons aider à rechercher des solutions. Il est important de réunir une masse critique. Une option intéressante pourrait être la collaboration avec d’autres centrales, d’autres organisations syndicales, des universitaires... Nous-mêmes, nous n’avons pas d’emprise directe sur les investissements dans une industrie durable. Nous devons développer une stratégie de lobbying en la matière. Une politique industrielle, une société juste, une transition équitable, voilà les objectifs à poursuivre ».