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Les enjeux de réductions des émissions de CO2 en 7 questions

Les enjeux de réductions des émissions de CO2 en 7 questions

En décembre 2009, les dirigeants de la planète s’engageaient fièrement, dans la grisaille de Copenhague, à limiter le réchauffement climatique à 2C. Ces « 2°C » sont donc l’objectif que la communauté internationale s’est fixée en terme de lutte contre les changements climatiques. L’objectif ne semble pas très ambitieux et pourtant il apparaît de plus en plus inaccessible. Pourquoi 2°C ? Comment ? Et quid si on n’y arrive pas ?


Pourquoi « 2°C » ?

Parce que un réchauffement global de la terre à + 2°C par rapport à la période préindustrielle est, selon la communauté scientifique regroupée au sein du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la limite au-dessus de laquelle les conséquences du réchauffement deviendront incontrôlables et par conséquent ingérables.


Nous en sommes déjà à une augmentation de 0.85°C. Le 9 novembre dernier, le service britannique de météorologie Met Office a estimé que 2015 sera la première année dont la température moyenne franchira le cap de 1 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. Les changements climatiques sont donc déjà une réalité et un retour en arrière est déjà impossible. Le phénomène est déjà enclenché et les changements que les émissions de carbone des humains causent à l’atmosphère mettent en péril les systèmes de régulation de la biosphère, probablement de façon irrévocable.


Selon les 3500 scientifique rassemblés au sein du GIEC, le réchauffement planétaire en cours pourrait atteindre 6°C Celsius d’ici 2100. Les experts du GIEC ont calculé que, pour maintenir la température terrestre à +2 °C, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70% d’ici à 2050 par rapport au niveau de 2010 et atteindre la neutralité carbone (soit zéro émission) d’ici la fin du siècle.


Aujourd’hui, même ce seuil de 2°C suscite des controverses puisqu’il occasionne des dommages irréversibles aux écosystèmes et aux sociétés. Certains, les pays insulaires et de nombreux pays africains, préconisent d’ailleurs de mettre le curseur à 1.5°C.


Quelles conséquences si ce seuil n’est pas respecté ?

Sans mesures urgentes de réduction des émissions, et donc une augmentation de la température globale de + de 4°C, les conséquences seront multiples et dramatiques : augmentation du niveau de la mer, augmentation significative des catastrophes naturelles (cyclones, ouragans, typhons, tempêtes…), sécheresses, famines, inondations, migrations climatiques,...


Un rapport de chercheurs américains publié le 7 novembre dernier souligne qu’à + 2 °C, le niveau des mers continuera à s’élever, pour couvrir des territoires aujourd’hui peuplés de 280 millions de personnes. A + 4 °C, le phénomène concernerait plus de 600 millions d’habitants. New York et Tokyo sont directement concernés !


Un rapport des Nations-Unies affirment que les réfugiés climatiques seront la plus grande cause des migrations : une étude qui s’appuie sur des données du GIEC, affirme qu'entre 1,1 et 3,2 milliards de personnes d'ici 2080 manqueront d’eau, et entre 200 et 600 millions souffriront de la faim. En 2008 déjà le Haut représentant de l'Union Européenne Javier Solana souhaitait préparer l'Europe aux réfugiés climatiques et à la pression migratoire qu'elle subira.


Qui sont et seront les premières victimes ?

Une fois encore les premières victimes seront les plus défavorisés et les travailleurs. Les pays du Sud seront peut être les premières victimes, mais les pays du Nord ne seront pas épargnés !


Déjà aujourd’hui, on constate une augmentation des catastrophes naturelles qui touchent les travailleurs et les travailleuses à travers le monde : en 2014, le typhon Haggupit aux Philippines a détruit les sources de revenus de plus de 800.000 personnes, en 2012, l’ouragan Sandy a contraint aux Etats Unis quelques 150.000 personnes à se déplacer et a occasionné, de façon générale, la perte de leur emploi à plus de 11.000 personnes. En 2014, 2 milliards de dollars et des milliers d’emplois ont été perdus à cause de la sécheresse en Californie.


Une étude américaine a démontré qu’aux Etats-Unis, les frais de santé liés à six évènements dus au changement climatique ces dix dernières années peuvent être estimé à 14 milliards de $ : ils ont donné lieu à 21.000 visites aux urgences, ont causé 1.700 décès et sont à l’origine de 9.000 hospitalisations.


Les changements climatiques sont un enjeu essentiel de solidarité. Raison pour laquelle les syndicats en ont fait aussi leur combat !


Comment respecter ce seuil des 2°C ?

Les pays membres de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques (CNUCC, dans laquelle se déroule les négociations sur le climat – UNFCCC en anglais) avaient jusqu’au 30 octobre dernier pour présenter leur engagement de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, appelé «contribution prévue déterminée au niveau national» dans le jargon onusien (INDC’s en anglais). Mais l’analyse des contributions connues à cette date a révélé qu’elles ne seraient pas suffisantes pour respecter le seuil des 2°C. Selon une évaluation publiée le vendredi 6 novembre par les Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), les engagements des Etats mèneraient à une hausse des températures de +3 à +3,5 °C à l’horizon 2100…


Il est donc plus qu’urgent de prendre dès aujourd’hui des décisions économiques, industrielles, sociales, environnementales et technologiques fermes qui permettent de contenir ce réchauffement à maximum 2°C.


Quels sont les engagements de l’Europe ?

Fin 2008, l’Union Européen adoptait son « paquet énergie-climat européen 2020 » : le fameux 3x20 :

  • 20% de réduction d’émission de CO2
  • 20% d’énergie renouvelable
  • 20% d’augmentation de l’efficacité énergétique.
  • Le tout pour la période 2012-2020.


Le 6 mars 2015, Le Conseil de l'environnement de l'UE a précisé l'engagement européen L'Europe entend réduire d'au moins 40% ses émissions de gaz à effet de serre (GES), entre 2030 et 1990. Cet objectif engage les Etats membres conjointement et de façon contraignante.


L’Europe se voulait le fer de lance de la communauté internationale en matière de réduction d’émissions de CO2. Aujourd’hui de nombreuses voix estiment que cela sera insuffisant.


Et la petite Belgique là-dedans ?

En ce qui concerne la contribution de la Belgique pour le Paquet Energie Climat 2020, les objectifs belges ont été fixés début 2009 et sont les suivants :

  • 15% de réductions dans le non ETS d'ici 2020 par rapport à 2005,
  • 13% de renouvelable d'ici 2020 dans la consommation finale brute en énergie,
  • 17.8% d’efficacité énergétique


Et…depuis on nage en plein surréalisme : depuis 2009, on attend que la Belgique se répartisse la charge entre les 3 Régions et le fédéral, qui va faire quoi pour atteindre cet objectif belge. Cet accord intra belge se négocie actuellement au sein de la Commission Nationale Climat, entre les 4 ministres du climat et ce depuis 6 ans. Et c’est l’impasse !


Pourtant cet accord permettra d’adopter, entre autres, un plan national climat qui sera la vision coordonnée pour une politique climatique ambitieuse, concertée et efficace.


Une telle vision porte également sur les politiques industrielles, sur la mobilité, les performances énergétiques des bâtiments. Bref cela concerne directement la vie de tous les jours de l’ensemble des travailleurs ! Au lieu de cela, rien. L’horloge tourne, les objectifs sont là, mais la petite Belgique reste enlisé dans des blocages politico-institutionnelles qui hypothèquent son avenir et la ridiculise sur la scène internationale : Comment la Belgique pourra aller à Paris, aux côtés des Présidents chinois, américains ou congolais, promettre ambition climatique et solidarité avec plus vulnérables, alors qu’aucun décideur politique belge n’a une idée précise de ce que cela peut impliquer pour chaque entité dans les années à venir ?


Pour ce qui est de 2030, la répartition entre Etat membres n’est pas encore connue.


Alors Paris ? Les espoirs sont permis ?

Il est déjà clair que les engagements de réductions des émissions de CO2 visant à limiter le réchauffement à 2°C seront totalement insuffisants.


De l’aveu même de Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères en France et Président de la COP21, durant le Sommet Climat des Syndicats (Paris 14 et 15 septembre 2015) on pourra « au mieux » atteindre la barre des… 3°C lors de la COP21. Paris n’est alors qu’une étape. Un accord révisable à intervalles réguliers, avec revue à la hausse des objectifs… Une étape pour les uns. Un coup d’épée dans l’eau pour les autres.