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Les syndicats à RIO+20 pour une transition juste

Les syndicats à RIO+20 pour une transition juste

Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB

 

Vingt ans après la première conférence de 1992 et dix ans après Johannesburg, la Conférence des Nations Unies sur le Développement durable Rio+20 se tiendra du 20 au 22 juin prochain au Brésil.


Rio+20 réunira les chefs d’Etats et de gouvernements de la planète en vue de tenter de se mettre d’accord sur des objectifs de développement durable face à l’urgence de la dégradation environnementale, de l’absence de progrès en matière de lutte contre la pauvreté, et ce dans le contexte de crise économique et financière globale que nous connaissons. L’enjeu est de taille et les perspectives jusqu’à présent peu optimistes !

 

En préambule du Sommet de Rio+20, les syndicats du monde entier sont réunis pour une assemblée syndicale internationale intitulée "Syndicat et environnement". Anne Demelenne et une délégation de la FGTB sont présents sur place.

 

 

En savoir +

 

20 ans après Rio : quels constats ?

  • la pauvreté a augmenté en termes absolus ;
  • la moitié des travailleurs dans le monde travaillent dans la précarité,
  • le chômage a atteint un niveau record,
  • les émissions nocives de gaz à effet de serre continuent d’augmenter au même rythme que notre utilisation insoutenable de l’énergie et des ressources.


Nos revendications

Les organisations syndicales du monde entier sont présentes à Rio afin de tenter d’influencer le processus et de parvenir à un accord le plus ambitieux possible à la fois sur le plan social et écologique.


Le développement du capitalisme vert qui consiste à confier au marché la mission de résoudre ces différentes crises n’est pas une option. Le bilan des vingt dernières années a clairement montré l’impuissance du marché à résoudre les problèmes environnementaux et à réduire les inégalités.


Anne Demelenne, Secrétaire générale de la FGTB l’a rappelé lors de son intervention à l’assemblée syndicale qui se réunit actuellement afin de finaliser un texte de revendications à l’attention des négociateurs : "Nous voulons un développement durable dont la finalité soit la justice sociale, le cadre le respect de l’environnement et le moyen, un verdissement de l’économie".

 

5 piliers pour une transition juste

Concrètement, le "verdissement de l’économie" doit se faire dans le cadre d’une transition juste. Celle-ci repose sur 5 piliers, à savoir :

  • le dialogue entre les pouvoirs publics et les principaux acteurs, dont les représentants des entreprises, des syndicats, des autorités locales et régionales, et des associations ;
  • des emplois verts et décents grâce à des investissements domestiques dans les (nouvelles) technologies bas carbone, la R&D et l’innovation, et le transfert de technologies ;
  • des compétences « vertes » : des stratégies actives d’éducation, de formation, de développement des compétences au service d’une économie bas carbone et efficace dans l’utilisation des ressources, à l’initiative des pouvoirs publics ;
  • le respect des droits de l’homme et du travail : la prise de décision démocratique et le respect des droits de l’homme et du travail sont essentiels pour garantir une représentation juste des intérêts des travailleurs et des communautés au plan national ;
  • des systèmes de protection sociale forts et efficaces.

 

La FGTB en direct de Rio+20

Transition Juste : Quel impact sur l’emploi ? - 12/06/2012

Peter Poschen, directeur du projet « emploi vert » à l’OIT, est venu présenter un nouveau rapport de l’OIT ("Vers le développement durable : Travail décent et intégration sociale dans une économie verte"). Selon ce rapport, la conversion à une économie plus respectueuse de l’environnement pourrait générer de 15 à 60 millions d’emplois supplémentaires à l’échelle mondiale au cours des vingt prochaines années et sortir des dizaines de millions de travailleurs de la pauvreté.

« Le modèle de développement actuel s’avère inefficace et non viable, pas seulement pour l’environnement, mais aussi pour les économies et les sociétés », a déclaré Peter Poschen,. « Nous devons de toute urgence nous orienter vers le développement durable avec un ensemble cohérent de politiques qui placent l’homme et la planète au centre ».


Impact net

Au moins la moitié de la main-d’œuvre mondiale – l’équivalent d’1,5 milliard de personnes – serait affectée à la transition vers une économie verte. Huit secteurs clés y joueraient un rôle central : l’agriculture, la sylviculture, la pêche, l’énergie, l’industrie manufacturière à forte intensité de ressources, le recyclage, la construction et les transports. En outre, on peut espérer la création de 0,5 à 2 % d’emplois supplémentaires.


Quels emplois ?

Des dizaines de millions d’emplois ont déjà été créés grâce à cette mutation notamment dans les domaines des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et des services écologiques.

Par exemple, on compte dans l’UE 14,6 millions d’emplois directs et indirects relatifs à la protection de la biodiversité et la réhabilitation des ressources naturelles et des forêts.

En Allemagne, le programme de rénovation des bâtiments pour gagner en efficacité énergétique, né d’une initiative syndicale, a mobilisé cent milliards d’euros d’investissement et permis d’alléger les factures d’énergie, de réduire les émissions de CO2 et de créer 300.000 emplois directs chaque année.


Secteurs à risque

L’étude pointe 10 à 15 secteurs à risque, responsables de 70 à 80% des émissions de CO2, qui sont voués à terme à être fortement restructurés.

Ces secteurs représentent 8 à 12% de la main-d’œuvre des pays industrialisés. Mais si l’on adopte des politiques vertes et de promotion de l’emploi, seule une fraction de cette main d’oeuvre risquerait de perdre son emploi. Assurer une transition pour les travailleurs de ces secteurs est donc une obligation ; d’où l’absolue nécessité de mettre en place une série de mesures appropriées.

Reste maintenant à déterminer pour la Belgique quels sont les secteurs à risques, les secteurs porteurs et opérationnaliser la Transition Juste belge.
 

Unité syndicale face au marasme onusien - 14/06/2012

L’assemblée syndicale « syndicat et environnement » s’est clôturée hier soir par l’adoption d’un document de travail autour des enjeux de développement durable pour les syndicats.

Ce document permettra aux représentants syndicaux présents pendant les négociations du Sommet Développement durable de structurer nos revendications.

Au premier rang de celles-ci, on retrouve la Transition Juste vers une économie durable, l’adoption d’un socle universel de protection sociale et la taxe sur les transactions financières.

Sharan Barrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale, a clôturé les travaux en se félicitant que les réunions aient débouché sur la rédaction d’un texte permettant au monde syndical de réaffirmer ses priorités sur l’avenir à donner à la planète et aux travailleurs.

 

Derniers travaux préparatoires

La dernière réunion préparatoire en vue du Sommet a débuté. Elle a pour but de nettoyer au maximum le texte pour ne plus laisser aux décideurs politiques, qui arriveront pour le Sommet du 20 au 22 juin, que les arbitrages politiques. Et la tâche semble ardue. En effet, le document actuel compte 88 pages, et toutes doivent encore faire l’objet d’âpres discussions.

La FGTB et les syndicats présents à Rio suivent en tous cas ces négociations de très près et tacheront que leurs 3 priorités se retrouvent dans le document final :

  • un volet « emploi » fort se référant à des emplois de qualité, durables et au travail décent ;
  • un processus visant à établir un Socle de Protection Sociale universelle à l’horizon 2030 ;
  • l’instauration d’une taxe sur les transactions financières.
     

Désenchantement - 18/06/2012

Contrairement au Sommet de la Terre de 1992 qui avait soulevé beaucoup d’espoir, la réunion actuelle est marquée par le désenchantement : dégradation écologique et sociale, incapacité collective à agir, crise économique…


La théorie économique dominante est aujourd’hui dans une impasse. C’est tout un changement de paradigme, de conception du fonctionnement de notre planète et de son gouvernement qu’il faut envisager. Des solutions existent mais elles passent par la reconnaissance des peuples, des citoyens, des travailleurs dans leur droit à l’information, leur participation et leur inclusion dans les processus décisionnels.


Aujourd’hui, la discussion sur la déclaration finale s’est focalisée sur le concept « d’économie verte ». Dans celle-ci, on infléchirait le fonctionnement de l’économie de façon à « réduire significativement les risques environnementaux » selon le rapport des Nations Unies publié avant la conférence. En réalité, le texte proposé aujourd’hui est faible et manque de mesures concrètes pour répondre aux défis que nous rencontrons. 
 

Maintenant ou jamais - 19/06/2012

Ce mardi matin, tout est allé très vite. Un nouveau texte a été distribué et approuvé sans autres commentaires. Ce texte regorgeant de mots vides sans ambition devrait donc, semble-t-il, être approuvé dans les prochains jours par les chefs d'États et de gouvernements.


Collectivement, les organisations syndicales reconnaissent que quatre points portés par le syndicalisme international se retrouvent dans ce texte : la référence au travail décent, le socle de protection sociale, les droits de l’homme et la reconnaissance des syndicats. Nous déplorons en revanche l’absence de référence à une gouvernance mondiale du développement durable au travers d’une agence onusienne dédiée.


Ce texte surprend, il est en dessous de ce qu’on pouvait attendre et bien trop éloigné des enjeux. Il reste sur la rhétorique, les constats et les bonnes intentions. Il se contente de rappeler des idées de base. Il manque cruellement d’actions, d’engagements, d’initiatives concrètes et de contraintes.


En outre, il n’y a pas d’argent sur la table et le texte se garde d’ouvrir des pistes de financement pour en trouver.


Revendications syndicales

Les initiatives et revendications syndicales, comme par exemple le socle de base de protections sociale, déjà ébauché par la résolution 202 de l’ONU, trouve du soutien parmi de nombreux Etats. Mais là aussi, sans financement adossé, il ne peut y avoir de suite. D’autant plus que l’Union européenne, même si elle affiche son soutien, n’en fait pas pour autant l’une de ses priorités.


Nous voyons en revanche un possible accord sur les emplois durables, formule qui pourrait dissiper les divergences sur les notions d’emplois verts et d’économie verte.


La suite

Jusqu’à ce stade du sommet, le travail des syndicalistes à l’adresse des délégations diplomatiques, appuyé sur les mobilisations, a été fait . Le texte est maintenant dans les mains des chefs d’Etats.