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Protection sociale et climat : même combat

Protection sociale et climat : même combat

 

La politique climatique ne bénéficiera d’un soutien suffisant que si elle est socialement équitable. Voici un point d’attention crucial pour la conférence sur le climat des Nations Unies qui a lieu à Paris.


L’auteur David Verstockt est le collaborateur du programme du FOS en Bolivie. Le FOS est le pendant flamand de SOLSOC.


Dans un passé pas si lointain, on était encore convaincu que le combat social était inconciliable avec la lutte écologique. Cette idée tenace était basée sur la conviction que les revendications écologiques allaient à l’encontre des revendications sociales posées notamment par les organisations syndicales. Le raisonnement était le suivant : la limitation des émissions de CO2 pour prévenir un réchauffement climatique dévastateur revenait à freiner le progrès économique, avec toutes les conséquences pour l’emploi et le revenu des travailleurs.
 

Travail décent

Un raisonnement particulièrement simpliste, heureusement abandonné aujourd’hui. Le problème est en effet bien plus nuancé et les organisations syndicales s’en rendent parfaitement compte. En Belgique, les organisations syndicales ont d’ailleurs joué un rôle éminent dans la constitution d’un vaste mouvement qui se préoccupe du réchauffement climatique, sans perdre de vue pour autant le social. Déjà à l’occasion de la Journée du travail décent en 2014, le mouvement syndical international soulignait que la non-politique en matière de climat aurait des conséquences néfastes pour le travail décent sur le plan mondial. La Confédération syndicale internationale (CSI) utilise d’ailleurs le slogan : ‘Pas d’emplois sur une planète morte !’.


Protection sociale

Cette année, une vaste coalition de syndicats, de mutualités et d’ONG mène une campagne mondiale pour le droit à la protection sociale. Le message clé est simple : tout le monde a droit à une bonne protection sociale, mais la dure réalité est que plus de 5 milliards d’hommes, de femmes et d’enfants n’y ont tout simplement pas accès.


Pas d’allocations de chômage en cas de perte d’emploi, pas de pension, pas d’accès à des soins de santé décents, et ainsi de suite. Cette campagne mondiale traite donc essentiellement de la sécurité d’emploi et du droit à la santé, bref, du droit à la sécurité d’existence de tout un chacun.


Une politique climatique socialement équitable

La protection sociale garantit la sécurité d’existence à plusieurs égards : en prévoyant un revenu de remplacement pour ceux qui perdent leur revenu, en offrant des soins de santé de qualité accessibles à ceux qui tombent malade, mais aussi en rendant possible une politique climatique réaliste mais radicale. La politique climatique ne bénéficiera d’un soutien suffisant que si elle est socialement équitable. C’est pourquoi les organisations syndicales parlent d’une ‘transition juste’.


La transition de l’économie actuelle, basée sur les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel et charbon) vers une économie durable et pauvre en carbone, aura des conséquences sur le plan social. C’est pourquoi nous exigeons que cette transition soit juste et équitable. Certains secteurs, pensons au secteur du pétrole ou celui du métal, subiront des transformations plus importantes que d’autres, tandis que d’autres secteurs, notamment les entreprises actives dans le domaine des énergies alternatives, découvrent des pistes intéressantes. Mais cette transition ne sera possible que si elle est équitable sur le plan social, donc si les travailleurs pourront compter sur un recyclage vers des emplois verts, si les travailleurs qui perdent leur emploi pourront bénéficier d’un revenu de remplacement... Et pour cela, il faut développer une protection sociale de qualité.


Aussi dans le sud

La FGTB et SOLSOC/FOS ne mènent pas seulement campagne en Belgique, elles soutiennent également des partenaires dans le sud pour obtenir une protection sociale décente. Ainsi, le progrès social des personnes vivant dans la précarité, telles que les domestiques en Bolivie qui n’ont pas de contrat ni de protection sociale, occupe une place centrale dans les activités de SOLSOC/FOS. Mais en même temps, nous nous rendons compte que la lutte sur le plan mondial pour une protection sociale décente jouera un rôle crucial dans l’approche de la crise climatique.


Lorsque le cultivateur de café en Bolivie voit diminuer sa récolte à la suite du changement climatique, il ne peut bénéficier d’un revenu de remplacement. Lorsque certaines maladies infectieuses dans la plaine de Bolivie se propagent à cause du changement climatique, les ouvriers agricoles n’ont pas accès à des hôpitaux de qualité. Le développement d’un système efficace de protection sociale en Bolivie doit armer le pays contre les conséquences que l’on voit déjà aujourd’hui et lui donner les moyens d’assurer la transition vers une économie plus verte.


Nécessité d’une politique climatique contraignante

La grande messe des négociateurs climatiques aura lieu dans quelques semaines lors du sommet climatique de Paris. Des mesures climatiques contraignantes seront nécessaires pour prévenir une catastrophe mondiale. Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI, a récemment tiré la sonnette d’alarme parce que les gouvernements ne parviennent pas à traduire l’urgence en propositions et mesures drastiques. Ainsi, elle a souligné que les gouvernements sont en train de préparer la voie vers une crise aux conséquences imprévisibles, que chaque mesure climatique doit être socialement équitable et qu’au cas où la dimension sociale ferait défaut, le mouvement syndical international ne resterait pas les bras croisés.


L’époque des oppositions entre lutte écologique et combat social est définitivement révolue : les organisations syndicales plaident pour une politique climatique, les écologistes pour le progrès social. L’un ne peut pas sans l’autre, et vice versa. C’est pourquoi, la FGTB et SOLSOC/FOS exigent que le sommet de Paris débouche sur le développement d’une politique climatique radicale et contraignante et demande que les négociateurs des différents pays agissent comme de vrais hommes d’Etat !


L’auteur David Verstockt est le collaborateur du programme du FOS en Bolivie. Le FOS est le pendant flamand de SOLSOC.