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Discours du 1er mai - Robert Vertenueil, Président de la FGTB

Discours du 1er mai - Robert Vertenueil, Président de la FGTB

Camarades,

Amis du web,

Bonjour,

Ça y est, le moment du déconfinement progressif est venu. Toutefois ce déconfinement ne doit pas se faire n’importe comment. Il convient que secteur par secteur, entreprises par entreprises, cette reprise progressive au travail passe par la concertation sociale et nous exigeons que cette reprise se fasse dans le respect de la protection de la santé et de la sécurité au travail. Aucun travailleur ne devrait avoir à choisir entre remplir son assiette ou creuser sa tombe. Que ce soit clair, si les conditions ne sont pas réunies et si nous devons constater que les travailleurs mettent leurs vies en danger, alors notre devoir sera d’empêcher la reprise même partielle de cette activité.

À l’heure où l’on se dirige vers une reprise partielle des activités, je voudrais d’abord saluer tous ces travailleuses et travailleurs qui, au cœur de la crise, ont continué leurs activités. Ces travailleurs ont fait preuve d’une force, d’un courage et d’une abnégation sans précédent.

Je pense bien sûr à nos héros en première ligne contre le coronavirus : les infirmières, le personnel soignant, médecins et spécialistes.

Je pense aussi à tous ces travailleurs de l’ombre autrefois dévalorisés et bien souvent mal considérés qui ont, en ces temps de crise, montré à quel point ils étaient indispensables à notre vivre ensemble.

Travailleurs et travailleuses, vous l’avez démontré à tous ceux qui ont rogné vos droits, à tous ceux qui pendant ces 5 dernières années n’ont eu de cesse que de faire reculer vos droits en rognant sur votre pension, en refusant d’augmenter vos salaires, en imposant une flexibilité à outrance, à tous ces rétrogrades vous avez démontré avec brio que les travailleurs sont le cœur de notre société.

Bien plus que des applaudissements ou des mercis, qui certes nous font chaud au cœur, il est indispensable que, dès demain, ces métiers dits essentiels soient revalorisés socialement mais aussi au travers des salaires.

Mes camarades, je me battrai, avec vous, pour que demain plus un travailleur ne vive aux portes de la pauvreté et de la précarité. C’est pourquoi je propose que, au plus vite, le salaire minimum interprofessionnel soit rehaussé à 14 euros de l’heure (soit 2.300€/mois).

La période de confinement a été très rude pour des centaines de milliers de travailleurs. Près d’un million de travailleurs ont ainsi été mis en chômage temporaire. Je sais à quel point cette situation a dû être difficile. Certains d’entre vous ont dû se débrouiller avec 5 ou 600 euros. Comment continuer à vivre dignement avec si peu ? Comment continuer à prendre soin de soi et de ses proches avec si peu ? C’est tout simplement impossible, les allocations sont trop basses. Je pense aussi à toutes celles et tous ceux qui soit directement, soit dans les mois qui viennent, se retrouveront au chômage. Car, ne nous le cachons pas, les conséquences économiques et sociales de cette crise seront importantes. Si rien n’est fait, ces personnes se retrouveront avec une allocation de chômage qui diminue au fil du temps sans parler de ceux qui devront survivre avec le minimum tellement les conditions d’accès ont été rendues difficiles. Selon les chiffres officiels, 50%, 1 chômeur sur 2 se retrouve en situation de pauvreté. Je n’accepterai pas que la moitié des personnes qui perdent leurs emplois demain se retrouvent en situation de pauvreté. Je vous le dis, la FGTB exigera que l’on mette fin à la dégressivité des allocations de chômage. Ces allocations doivent redevenir ce qu’elles sont censées être, une assurance contre la pauvreté pour toutes celles et ceux qui perdent leur emploi. Cette assurance, à force de faire des cadeaux démesurés aux entreprises, assure de moins en moins. C’est pourquoi dès demain, la FGTB se battra pour renforcer cette assurance et la financer justement.

Cela impliquera d’abord de déplacer l’effort de contribution. Il est temps, mes amis, que ceux qui ont les épaules les plus larges contribuent le plus. Je propose dès lors que l’on établisse une cotisation spéciale corona sur la fortune.

En outre, je souhaite que chaque centime que l’État donnera aux entreprises soit évalué et fasse l’objet de réflexion. Je refuse que l’État demain continue à donner un chèque en blanc aux entreprises qui polluent, aux entreprises qui exploitent leurs travailleurs ou qui planquent leur pognon dans les paradis fiscaux.

En ce qui concerne les allocations de chômage, je vous l’ai dit je souhaite que l’on supprime ce système injuste de la dégressivité. La FGTB ne s’arrête pas là. La FGTB exige entre autres :

Que toutes les allocations sociales minimales soient rehaussées à 10 % au-dessus du seuil de pauvreté. Rappelons que lorsque que je dis ça on ne parle ici que d’à peine 1300 euros par mois pour un isolé.

Nous voulons également que toutes les allocations (pensions, chômages ou autre) correspondent 75 % du dernier salaire

Camarades, chers amis, cette crise a définitivement démontré la fin d’un système. Le monde de l’égoïsme, du chacun pour soi et du repli identitaire est mort. Il doit laisser place à un monde demain socialement plus juste et basé sur la solidarité.

Fini que les poches des gros actionnaires s’alourdissent alors que certains travailleurs crèvent de faim

Fini que l’on laisse se propager la pauvreté et la précarité dans la population

Fini enfin que les plus fragilisés soient négligés, oubliés et que les politiques ne servent qu’à une toute petite minorité.

Camarades, nous sommes au 21ème siècle, nous avons pu nous unir durant plus d’1 siècle au travers des organisations syndicales pour faire progresser nos droits sociaux. Certains sont vraisemblablement restés bloqués au 19ème siècle et ont oublié d’évoluer. Ils continuent et continueront avec leurs vieilles recettes. Enrichir les plus riches, exploiter et faire crever les travailleurs en les rendant toujours plus flexibles et malléables. Il est temps que ces capitalistes, que ces libéraux, que ceux qui ne connaissent de la misère que ce qu’ils ont pu en lire dans les livres, ouvrent leurs yeux, et qu’ils évoluent !

Car je les préviens tout de suite, la FGTB refusera d’assister à une simple reprise comme si de rien n’était.

Ainsi, nous ne pourrions concevoir que les partis progressistes accordent le renouvellement des pouvoirs spéciaux qui n’ont pas permis au Gouvernement d’être si efficace que cela dans la gestion sanitaire de la crise mais plutôt à prendre des mesures rétrogrades au niveau du droit du travail.

Il faudra, dès demain, restaurer notre système de sécurité sociale fédérale et nos différents modèles de protection sociale. Ceux-là mêmes qui ont été la cible d’attaques coordonnées du patronat et de certains politiques ces dernières années.

Ensuite le changement devra porter sur nos modes de production, nos modes de consommation, nos relations de travail, bref… nos modes de vie.

Ensemble, nous devrons nous battre très prochainement pour changer de modèle. Car sans rapport de force, sans unité des travailleurs, sans unité de la gauche, ils ne nous lâcheront rien.

J’en appelle donc à cette union des travailleurs,

À l’union des femmes et des hommes de gauche

À l’union de tous les progressistes de ce pays

Demain devra être radicalement différent !

Comme au sortir de la guerre, avec les employeurs, nous sommes prêts à négocier un nouveau pacte social. Mais ce pacte, sous peine de ne pas susciter l’adhésion, devra impérativement prendre en compte les priorités sociales économiques et écologiques. Ces conquêtes sociales, je le redis, ne se feront pas naturellement. Nous devrons ensemble les arracher, les conquérir et puis les entretenir.

Camarades,

En ce 1er mai, je ne peux oublier qu’un peu partout dans le monde des femmes et des hommes ont souffert et souffrent encore à cause de ce Coronavirus qui est venu s’ajouter à leurs lots de misères. Tout ça parce qu’ils ont la malchance d’être né au mauvais endroit. Dans des pays pauvres, sous ou mal développés et ou les systèmes de protection sociale comme nous les connaissons, où l’action protectrice de l’Etat n’est qu’un rêve. Les syndicalistes que nous sommes savent que la solidarité souvent évoquée ces derniers jours n’a pas de frontière. Je voulais le rappeler aujourd’hui, le 1er mai.

Comme je veux rappeler que la FGTB se trouve à côté des migrants, des sans-papiers qu’on a effacé des radars à l’occasion de la crise que nous traversons sans se soucier de leur sort.

Nous continuerons à les soutenir et à demander la régularisation des sans-papier, l’amélioration des conditions de vie des demandeurs d’asile et l’accès au permis de travail, la libération des personnes enfermées dans les Centres fermés véritables prisons quoi qu’on en dise et l’aide financière aux structures d’accueil et d’accompagnement.

Une société humaine, juste et moderne, cette société à laquelle, nous à la FGTB, nous aspirons et pour laquelle nous nous battons, ne peut tolérer que des êtres humains qui sont avant tout des victimes ne soient pas traités dignement. La dignité humaine ne souffre pas des différences.

Camarades, il y a un an de cela, j’avais l’honneur de défendre l’idée d’un « social shift ». Je plaidais pour revoir, en profondeur, nos systèmes et qu’enfin les intérêts des travailleurs, des familles, bref de la majorité des citoyens soient les bénéficiaires et non plus uniquement quelques privilégiés.

Aujourd’hui plus que jamais, il nous revient à nous, hommes et femmes de convictions, qui avons dans nos cœurs ces valeurs de solidarité, d’entraide et de justice sociale, de tout mettre en œuvre pour consolider et renforcer nos mécanismes de solidarité. Ce « tournant social » majeur peut devenir une réalité si la voie du changement et du progrès social sont empruntés.

Camarades, nous le savons, ensemble on est plus forts !

Bon 1er mai à toutes et tous. Continuez à prendre soin de vous et de vos proches. Retrouvons-nous rapidement pour exiger que les choses changent !

À très bientôt